«Depuis le début des années 90, davantage de personnes ont été exécutées ou condamnées à mort en Chine que dans le reste du monde», affirme l’organisation de défense des droits de l’homme dans son rapport «La peine de mort en Chine», disponible à partir d’aujourd’hui.
Les exécutions ont cependant connu l’an dernier une recrudescence sans précédent depuis 1983, avec le lancement fin avril de la campagne «Frapper fort contre la criminalité».
Celles de 1996 ont de loin dépassé celles de 1994 et 1995, deux années au cours desquelles Amnesty n’a répertorié «que» 6.108 condamnations à la peine capitale.
Mais «Frapper fort», contrairement aux campagnes précédentes, n’a pas de limites dans le temps. Lancée initialement pour une période de trois mois, elle s’est prolongée par la suite dans des campagnes «d’hiver» et de «printemps», pour devenir une campagne «à thème».
««Frapper fort» est un mouvement à long terme. Il ne s’arrêtera pas pour un oui ou pour un non. Cette année, elle sera centrée dans la lutte contre la drogue», a déclaré hier un porte-parole du Bureau de la sécurité publique.
En 1996, au moins 437 trafiquants de drogue ont été exécutés, dont plus de la moitié dans la seule journée de la Lutte internationale contre la drogue, le 26 juin.
Les autorités régionales ont de leur côté tout le loisir pour définir leurs propres cibles. Au Tibet (sud-ouest) et dans la région musulmane du Xinjiang (nord-est) les «activités séparatistes » sont ainsi incluses dans la liste de fléaux devant être extirpés pour garantir la «stabilité sociale».
Il est difficile cependant de savoir combien de personnes ont été passées par les armes pour ce genre d’activités. Amnesty a cependant relevé en juillet 1996 au Tibet 21 exécutions, dont plusieurs pour crimes «contre-révolutionnaires».
L’organisation basée à Londres dénonce d’autre part le nombre croissant de crimes passibles de la peine de mort depuis le début de «Frapper fort».
Ainsi, Zhang Xizhong, un habitant de la province du Sichuan (sud-ouest), a été exécuté en mai 1996 pour le vol de 14 vaches. La même peine a été encourue en juin par un voleur de vélomoteurs au Fujian, et par un homme qui démantelait les installations électriques pour les revendre.
Amnesty indique que cette répression extrême commence à être considérée en Chine même comme cause directe du nombre croissant de crimes violents, car les criminels savent qu’ils «n’ont rien à perdre», et que s’ils sont pris, on leur réservera un sort identique, qu’ils aient eu recours ou non à la violence.
Le rapport met en doute l’efficacité de cette répression tous azimuts, faisant noter que la «campagne» de 1983, au cours de laquelle environ 10.000 personnes ont été exécutées, n’a pas provoqué un infléchissement dans «l’augmentation constante des affaires de meurtre et de crimes violents».
D’autres voix se font de même entendre contre une justice considérée par trop expéditive, rapporte Amnesty, citant des cas d’exécutions menées moins d’une semaine après le crime imputé au condamné.
L’organisation de défense des droits de l’homme dénonce enfin les «traitements cruels, inhumains et dégradants» dans les pavillons de la mort chinois, où les prisonniers sont «mis aux fers (aux mains et aux pieds) au moins depuis leur premier procès, et ce jusqu’à leur exécution».


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