Le missile américain avait explosé dans son champ en 1995, tuant une chèvre, tandis que d’autres missiles avaient détruit l’émetteur de la télévision des Serbes de Bosnie de Kozara, situé à proximité. Des circonstances qui nourrissent les doutes de ce paysan de 71 ans concernant le soutien occidental sur lequel mise Mme Plavsic.
Kozara est situé à 50 km au nord de Banja Luka, la principale ville de la Republika Srpska (RS) où siège Mme Plavsic, engagée dans un rude bras-de-fer avec les dirigeants «durs» de Pale (centre administratif de la RS), proches du président déchu Radovan Karadzic.
«A présent l’OTAN affirme qu’elle est de notre côté», or «voici ce qui est arrivé il y a deux ans», ajoute-t-il. «Ennemis un jour, peut-être amis le lendemain», ironise-t-il.
La perplexité de Stevan Vaskrsic est partagée par la population serbe de Bosnie, qui suit les péripéties de la lutte qui se déroule entre Mme Plavsic et ses adversaires politiques. Celle-ci est la cible d’une énergique campagne de propagande relayée par la télévision serbe bosniaque (SRT) contrôlée par les «faucons» de Pale.
Mme Plavsic a fait appel la semaine dernière à la Force de stabilisation de l’’OTAN (SFOR) et à la police internationale (IPTF) des Nations-Unies pour prendre le contrôle de la police locale afin de prévenir un éventuel coup de force. En échange, elle a promis aux pays occidentaux son soutien au processus de paix en Bosnie, auquel les proches de Radovan Karadzic font actuellement obstruction.
Lutte pour le pouvoir
Mme Plavsic a marqué des points auprès de nombreux Serbes en accusant Radovan Karadzic et ses amis de s’être enrichis grâce à la corruption, alors que la population survit difficilement dans la pauvreté.
Les Serbes craignent surtout que Mme Plavsic ne soit en train de «se vendre» à ceux qu’ils considèrent toujours comme leurs ennemis.
«Je ne sais pas qui croire», soupire Stevan, montrant fièrement le morceau de missile qui porte toujours son inscription «Naval Air Systems Command CT 2749». «J’ai perdu deux frères sur cette montagne durant la deuxième guerre mondiale. Nous autres Serbes devons toujours nous battre».
Son fils, qui ne veut pas donner son nom, était un joueur de football populaire dans son village de Gornja Omarska, avant que des éclats d’obus n’endommagent sa jambe, son bras et son œil pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine.
«Je regarde la TV serbe, la TV croate et la TV musulmane et je forge mon opinion», dit-il. «Plavsic et Karadzic, c’est une lutte pour le pouvoir», résume-t-il.
Les Serbes de la région se demandent également avec anxiété comment vont se comporter les dizaines de milliers de Musulmans qui en ont été chassés s’ils sont autorisés à revenir. C’est à Omarska que se trouvait le tristement célèbre camp de détention serbe où des centaines de Musulmans auraient péri.
«Nous ne pouvons pas vivre de nouveau avec eux», affirme un paysan qui ne souhaite pas être nommé. «S’ils tentent de nous priver de notre liberté, nous combattrons à nouveau», prévient-il.
Mêmes interrogations parmi les habitants de Banja Luka, la ville serbe de Bosnie considérée comme la plus cosmopolite.
«S’agit-il d’un conflit à propos de corruption ou d’une lutte pour le pouvoir? Les gens s’étonnent qu’elle (Mme Plavsic) n’ait pas dit tout cela auparavant», relève Vanja, serveuse dans un café. Avant son accession à la présidence de la RS, Mme Plavsic était considérée comme «la dame de fer» des Serbes de Bosnie, connue pour son intransigeance nationaliste et son refus de tout compromis.
«J’apprécie ce que dit Plavsic à propos de la corruption», ajoute Milan, un serveur, mais «il vaut mieux ne pas prendre parti».
De nombreux habitants estiment que M. Karadzic, contrairement à Mme Plavsic, a fait ses preuves en engageant la guerre. «Sans lui nous n’aurions pas eu la République serbe», assène un étudiant.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine