«Il ne s’agit pas de faire une loi-spectacle. Nous voulons faire reculer l’exclusion dans notre pays», a-t-elle dit lors d’une conférence de presse.
«Notre objectif est de 50.000 emplois d’ici la fin de l’année, 150.000 l’année prochaine, c’est-à-dire 100.000 de plus, ce qui correspond à un coût de 10 milliards de FF, et 200.000 dans l’année ou les 18 mois qui suivront», a-t-elle ajouté à l’issue du conseil des ministres qui venait d’approuver ce projet de loi relatif «au développement d’activités pour l’emploi des jeunes».
Elle a précisé que le Parlement examinerait le texte en septembre, les premiers postes étant prévus en octobre.
Selon Martine Aubry, avec 350.000 emplois-jeunes, financés à hauteur de 80% du smic (charges incluses) par l’Etat, le coût annuel est de 35 milliards de FF.
Le gouvernement avait déjà dégagé deux milliards de FF en juillet pour 30 à 50.000 emplois d’ici la fin de cette année. Martine Aubry a confirmé qu’elle avait obtenu lors des récents arbitrages budgétaires 10 milliards de FF supplémentaires pour 1998 sans toucher aux autres aides.
Priée de dire quel serait l’effet de cette réforme sur le budget en 1998, elle a répondu: «Un effet très positif puisqu’il y aura plus de gens au travail, plus de gens qui consommeront, moins de dépenses sociales».
«Je n’ai pas encore mesuré cet effet positif mais je suis sûre qu’il sera indéniablement important l’année prochaine et les années suivantes», a-t-elle affirmé.
Dans son entourage, on a expliqué qu’avec 150.000 emplois payés au smic, on pouvait espérer un gain de trois milliards de FF environ pour les comptes sociaux.
Par ailleurs, l’Unedic verserait moins d’assurance-chômage et l’accompagnement de personnes dépendantes pourrait libérer des lits dans les hôpitaux.
Un responsable du ministère a souligné que la volonté du gouvernement de limiter les déficits publics à 3% du PIB en 1998 n’était pas remise en cause par ce projet. Il a souligné qu’en cas de succès du plan, des crédits supplémentaires seraient obtenus par redéploiement des aides à l’emploi, qui totalisent 130 milliards de FF.
Martine Aubry a défendu la philosophie de son projet et critiqué «ceux qui cherchent la petite bête».
«Peut-être y aura-t-il cinq pour cent d’échec, peut-être 10. Mais si demain 350.000 jeunes trouvent un emploi, si grâce à cet effet de levier on a créé des dizaines de milliers d’emplois complémentaires et si nos concitoyens vivent mieux parce que leurs gamins sont gardés à la sortie de l’école, parce qu’ils vivent en sécurité, parce que l’environnement est de meilleure qualité, eh bien je crois que nous aurons tous gagné. C’est ça le pari».
Chaque jeune de 18 à 26 ans, voire de moins de 30 ans s’il n’a pas travaillé suffisamment pour avoir l’assurance-chômage, pourra obtenir un contrat à durée indéterminée ou un contrat à durée déterminée auprès d’organismes publics ou parapublics pour des activités nouvelles, principalement dans le secteur des services. Le coût annuel de chaque poste est de 92.000 FF pour l’Etat.
L’engagement des
partenaires naturels
Le premier ministre Lionel Jospin, qui a ainsi lancé la mise en œuvre d’une de ses principales promesses électorales, a souhaité que les «partenaires naturels» de l’Etat s’engagent pour la réussite du plan.
«L’engagement fort que prend le gouvernement en s’appuyant sur des moyens financiers dégageant une démarche a plus d’effet encore dans la lutte contre le chômage si nos partenaires naturels (...) répondent et s’engagent dans cette grande cause nationale. Voilà notre état d’esprit», a-t-il dit à sa sortie du conseil des ministres, dans la cour de l’Elysée.
En revanche, le président Jacques Chirac a déclaré lors de ce conseil que l’emploi des jeunes était la priorité de tous mais que le plan présenté par le gouvernement Jospin ne devait pas se traduire par une «création massive d’emplois publics permanents».
«On ne peut qu’approuver l’inspiration de ce projet de loi tendant à faire émerger des activités nouvelles, qui répondent à des besoins non satisfaits, pour créer des emplois pour les jeunes. Il ne faudrait pas, cependant, que la mise en œuvre de ce dispositif se traduise par une création massive d’emplois publics permanents», a-t-il dit, selon un texte fourni par son service de presse.
Interrogée sur cette intervention, Martine Aubry a dit ne pas voir de critique et a assuré que le chef de l’Etat avait apporté son soutien au gouvernement dans ce domaine.
«J’ai entendu d’abord un président de la République se féliciter du fait que ce premier texte porte sur l’emploi des jeunes et fasse preuve d’imagination pour répondre au problème du chômage des jeunes. Il a ensuite dit qu’il en partageait la philosophie mais que comme nous il pensait qu’il n’était pas souhaitable de créer 350.000 emplois publics. Comme je venais de dire que ce n’était pas notre intention, le président de la République a voulu en l’occurrence soutenir l’action du gouvernement».
De son côté, Lionel Jospin n’a pas commenté les propos de Jacques Chirac. Enfin, le ministre des Finances, Dominique Strauss-Kahn, qui avait défendu le plan jeunes pendant la campagne électorale, a estimé que le gouvernement voulait développer «à la fois l’emploi privé et puis ces emplois jeunes qui sont financés par de l’argent public». (Reuter)

