L’atmosphère dans le camp, créé en février 1997, est dominée par l’opposition entre partisans et opposants au retour en République démocratique du Congo, (RDC, ex-Zaïre).
Des fortes pressions sur les volontaires pour le retour sont exercées par la tribu des Babembe, originaire de la région d’Uvira (est du la RDC) et majoritaire dans le camp, qui refuse de quitter la Tanzanie.
Les Babembe s’étaient battus contre l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, au cours de la rébellion qui a aboutit en mai au renversement de l’ancien président du Zaïre, Mobutu sese Seko.
Le 15 juillet dernier, un réfugié enregistré à Nyarugusu, l’autre camp de Congolais de Tanzanie, a ainsi été lapidé à mort par la population de Lugufu, a annoncé un membre du HCR.
«Il a été vu avec un carnet de notes», a témoigné pour sa part un réfugié. «Il avait dessiné des petites choses. Mais ce pauvre homme n’avait rien fait, il n’aurait même pas pu se payer un coup de téléphone. Ils l’ont pris pour un espion de l’AFDL et l’ont tué. On n’a rien pu faire».
La tension est passablement montée au sein du camp depuis ce lynchage et quelques dizaines de personnes ont même décidé de partir aussitôt après.
Les peurs les plus irrationnelles se transmettent par les rumeurs et se fondent sur les nombreuses allégations de massacres de réfugiés hutus rwandais par les forces de l’AFDL, au cours de la guerre civile dans l’ex-Zaïre.
«Vous vous souvenez des camps de Biaro, ou de Kisangani? Pourquoi ils ne nous feraient pas la même chose ici», s’interroge ce réfugié. «Ils sont capables de tout».
Crispations ethniques
Ces angoisses se doublent de crispations ethniques lorsqu’est abordée notamment l’opposition viscérale entre les Babembe et les Banyamulenge, les Tustis rwandais installés de longue date au Kivu, dans l’ouest de l’ex-Zaïre.
Les attaques de l’armée zaïroise du maréchal Mobutu contre les Banyamulenge avaient constitué l’une des causes du début de la guerre civile. Alliés autrefois à Laurent-Désiré Kabila lorsque celui-ci avait pris le maquis dans les années 70, les Babembe n’ont jamais accepté la rupture avec l’actuel homme fort de Kinshasa et lui vouent désormais une forte haine.
Au sein de la population du camp, contaminée par cette atmosphère délétère, les fantasmes sont devenus réalité. «Je ne veux pas rentrer. J’ai trop peur des Banyamulenge», explique une vieille femme. «Avec tous les secrets qu’ils cachaient, personne ne savait ce qu’ils avaient dans le cœur».
Du côté des volontaires pour le retour, les craintes sont tout aussi grandes. Même si aucune activité militaire apparente n’est visible directement, la peur demeure.
Les Babembe «n’en sont pas à leur première guerre. Ils veulent retourner se battre», affirme un jeune homme.
Le HCR et les organisations internationales essayent aujourd’hui d’apaiser les passions. «Il y a des factions pro et anti-rapatriement», analyse une source humanitaire. Et les Babembe considèrent (la victoire de Kabila) comme une ««révolution dirigée par les Tutsis».
L’armée rwandaise à dominante tutsie, dirigée par le général Paul Kagamé, l’homme fort de Kigali, avait récemment reconnu avoir participé activement à la conquête de quelques grandes villes de l’ex-Zaïre.
Interrogé sur la responsabilité de l’armée rwandaise dans les massacres, un réfugié a refusé d’identifier des responsables. «De quoi parlez-vous? Les Rwandais faisaient partis de l’AFDL, tout comme les Ougandais. Il ne sert à rien de faire des distinctions».
Il n’empêche. Lui fait partie de ceux qui veulent rentrer. «Ma famille est là-bas. Ici, je n’avance pas. Si je rentre, au moins, je vais de l’avant. On verra bien…» (AFP)


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