Ce bilan intervient alors que la Banque mondiale, actuellement en mission à Abidjan avec le Fonds monétaire international (FMI), presse la Côte d’Ivoire — premier producteur mondial de cacao et deuxième exportateur de robusta — d’accélérer les réformes dans le sens de la libéralisation.
«De toutes les campagnes agricoles, celle de 96-97 a été la plus cruelle, la plus humiliante, la plus mauvaise pour les producteurs», estime M. Lociné Cissé, secrétaire général du Syndicat national des agriculteurs de Côte d’Ivoire (SYNAGCI).
Selon lui, les prix payés aux producteurs pour la campagne 1996-1997 ont été largement en dessous des prix indicatifs, fixés en début de campagne à 500 F CFA (5 FF) le kilo pour le café et 320 F CFA (3,20 FF) pour le cacao.
Le café s’est négocié entre 300 et 400 F CFA et le cacao autour de 250 F CFA, précise Ignace Kassy Koffi, gérant de la Coopérative ivoirienne des producteurs agricoles (CIPRAG), jeune organisation qui affirme représenter quelque 150.000 planteurs.
«Nous ne bénéficions jamais des fluctuations des cours mondiaux», se plaint Lociné Cissé, qui souhaite que le ministère de l’Agriculture publie tous les 15 jours un bulletin d’information, «afin que les acheteurs ne véhiculent pas de fausses informations pour voler les paysans».
Ils contestent également le nouveau système de gestion de la sacherie, qui dépendait auparavant de la Caisse de stabilisation.
Les producteurs déplorent que 5 F CFA par kilo soient prélevés sur le prix d’achat pour des sacs, de mauvaise qualité, qui ne leur appartiennent pas. En outre, durant cette campagne, ils ont dû faire face à de nombreuses pénuries de sacs.
Ils s’insurgent aussi contre le contrôle de qualité effectué au port par les exportateurs. «Souvent, les exportateurs opèrent une coupe de 10% dans le prix, sous prétexte que le produit est de mauvaise qualité. Mais personne n’a jamais vu de poubelles remplies de cacao au port. En fait, les exportateurs effectuent des mélanges et finissent par commercialiser du cacao qu’ils n’ont pas payé», explique la CIPRAG.
Les producteurs regrettent le temps où la Caisse de stabilisation des prix disposait de contrôleurs en brousse qui jugeaient sur place la qualité du produit.
Forts de l’expérience de la campagne écoulée, le syndicat et la coopérative revendiquent le maintien de la Caisse, dont la Banque mondiale veut diminuer encore les prérogatives. Ils demandent même leur entrée dans son conseil d’administration.
Pour eux, la Caisse génère de «gros bénéfices» qui doivent désormais être gérés par les planteurs et devraient servir par exemple à financer un système d’assurance maladie pour le monde rural.
«Pendant des années, l’argent de la Caisse de stabilisation a servi à construire la Côte d’Ivoire, à construire des routes alors que nous, planteurs, sommes toujours enclavés au bout de pistes défoncées, il faut désormais que les producteurs en profitent», estime M. Cissé.
Le syndicat réclame aussi que les coopératives, qui attendent depuis plusieurs années qu’une loi fixe leur statut juridique, puissent obtenir des agréments d’exportation.
Le SYNAGCI prépare un cahier de doléances qu’il remettra aux autorités au plus tard la semaine prochaine. (AFP)


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