«La distinction traditionnelle entre la banque et l’assurance est une chose du passé», estimait lundi le président du Crédit Suisse, Rainer Gut, en présentant son projet de fusion avec Winterthur. L’opération doit donner naissance au 3e groupe mondial en terme d’actifs gérés, après l’américain Fidelity et le français AXA-UAP.
Aux Etats-Unis, le Glass-Steagall Act de 1933 garantit l’étanchéité des différents secteurs bancaires. Cette interdiction a été renforcée par le Bank Holding Company Act de 1956.
Les banques peuvent cependant s’étendre dans ce secteur: l’arrêt Valic de la Cour suprême permet aux banques commerciales nationales de vendre des produits d’assurance-vie et l’arrêt Barnett Bank de 1996 autorise les banques implantées dans des villes de moins de 5.000 habitants à vendre des produits d’assurance.
Les débats sur la suppression du Glass-Steagall Act se poursuivent au Congrès, mais les petites compagnies d’assurances locales s’opposent à l’arrivée des banques dans leur secteur.
A l’autre extrémité, les Pays-Bas, avec ING et ABN-AMRO, ont mis en place deux puissants groupes internationaux de bancassurance. Entre les deux, la France, qui avait donné au monde de terme de «bancassurance», s’apprête à défaire l’alliance de l’assureur GAN et de la banque CIC. «On se demande si en France on ne va pas casser quelque chose qui commence à fonctionner aux Pays-Bas et en Suisse», commente Gérard Augustin-Normand, président de la société de gestion Richelieu Finance.
En Allemagne, les assureurs Allianz et Munich Ré ont constitué une série de participations croisées dans les principales banques du pays. Allianz possède 22,7% de la Dresdner Bank qui détient 10% d’Allianz, les deux groupes étant liés en plus par un accord de distribution. L’assureur possède aussi 5% de la Deutsche Bank, qui détient 10% d’Allianz.
Ces participations ont déjà permis à Allianz de jouer les maîtres dans le paysage bancaire allemand. Sous son impulsion, les grandes banques bavaroises Bayerische Vereinsbank (BV) et Hypo-Bank ont décidé de fusionner, Allianz devenant le plus gros actionnaire du nouvel ensemble qui devancera la Dresdner comme numéro deux bancaire allemand.
Au Royaume-Uni, les banques offrent de plus en plus de produits d’assurance. Lloyds TSB et Abbey National ont racheté des compagnies d’assurance-vie, tandis que Midland a constitué une société commune avec Commercial Union avant de racheter les parts de ce dernier.
Barclays et Norwich Union ont conclu un accord de distribution, alors que National Westminster et l’assureur Prudential ont eu récemment des discussions en vue d’une fusion, mais le projet a échoué, selon la presse britannique.
L’Europe du Sud semble un peu à la remorque du mouvement. En Italie, l’assureur Ina et la banque BNL ont sauvé en commun fin juin le Banco di Napoli. Ina a racheté à cette occasion 51% de la filiale d’assurance-vie de BNL, BNL Vita, une des premières sociétés du secteur.
En Espagne, le Banco Central Hispano (BCH) a signé un accord avec l’assureur Generali. Par cet accord, BCH a vendu à l’assureur italien sa filiale Banco Vitalicio et les deux groupes ont constitué une société commune, Central Hispano Pensiones y Vida.
Dans les pays nordiques, le processus de concentration est plutôt interbancaire ou entre assureurs. Plusieurs projets de bancassurance ont échoué: en Norvège, les actionnaires de l’assureur Storebrand ont bloqué une fusion avec Christiania Bank qui aurait créé le 1er groupe norvégien. En Finlande, les négociations entre Merita, 1er groupe financier du pays, et les assureurs Sampo et Pohjola, n’ont pas abouti. (AFP)

