Les premiers volontaires pour le rapatriement se sont inscrits début mai. Mais, ni le HCR ni les autorités tanzaniennes ne l’ont encore organisé, attendant de la part de Kinshasa une garantie formelle sur leur sécurité au retour dans leur pays...
Cette garantie devrait être obtenue d’ici fin août, lors d’une rencontre prévue à Dar-es-Salaam entre des représentants de la RDC et de la Tanzanie. Le sujet avait déjà fait l’objet de discussions à Kinshasa entre le président tanzanien Benjamin Mkapa et son homologue congolais, Laurent-Désiré Kabila, le 27 juillet dernier.
Dans le bureau du responsable du Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR), au camp de Lugufu, une vingtaine de personnes sont venues demander des explications.
«Nous voulons comprendre ce qui se passe» explique Wilson. «Nous attendons le rapatriement. Nous savons que Mkapa et Kabila se sont rencontrés et que la réunion était positive. Mais il ne se passe rien. Nous avons soif de rentrer pour reconstruire notre pays», ajoute-t-il.
Installés sur une terre empierrée et incultivable, les réfugiés Congolais n’ont jamais vraiment accepté leur sort. Les trous creusés pour les latrines et les ordures ne dépassent pas le mètre cinquante de profondeur, une épaisse couche de pierre empêchant de creuser plus profondément.
«Si on creuse plus, de toute façon, on trouve de l’eau», explique Francis, un ancien technicien de l’hôpital d’Uvira. «A la saison des pluies, les inondations peuvent dévaster les maisons en contre-bas. Et il y a des excréments partout dans le camp...»
Bourgeois et paysans
La plupart des réfugiés congolais sont arrivés en octobre 1996 en Tanzanie. Ils fuyaient les premiers combats à Uvira, entre l’armée de l’ancien président zaïrois Mobutu Sese Seko et les rebelles de l’Alliance démocratique pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila.
Envoyés à Lugufu en février 1997, lorsque le camp de Nyarugusu s’est révélé surchargé, ils vivent dans des petites cases en terre séchée recouverte de bâches en plastique.
La situation est d’autant plus mal vécue que beaucoup d’entre eux, issus de couches privilégiées, étaient, avant leur départ, médecins, fonctionnaires ou commerçants.
«On est loin de tout ici. La plupart des mes collègues de la fonction publique sont déjà rentrés, ils ne supportaient pas d’être enfermés comme ça, isolés de tout», déclare l’un d’eux.
«Personne ne veut de Lugufu. Même les paysans locaux n’y vont pas, on ne peut rien y faire», confirme un responsable humanitaire, témoin du transfert des réfugiés en février.
«Il y a toujours eu beaucoup de Zaïrois à Kigoma. Ils faisaient du commerce, louaient les propriétés privées, aussi certains réfugiés espéraient retrouver leurs connaissances. Quand on les a envoyés à Nyarugusu et à Lugufu, c’était comme un camp de squatters. Imaginez des bourgeois zaïrois à qui on a demandé de vivre comme des paysans...» ajoute-t-il.
Le HCR se fait plus optimiste, confiant de ce que l’accord espéré prochainement entre les deux pays pourra tout débloquer. les préparatifs sont entamés afin de prévenir les risques inhérents aux déplacements massifs de population.
«Nous voulons éviter que des gens se perdent ou que des femmes soient violées», explique Bushra Halepota, responsable du bureau du HCR de Kasuru, en charge du camp de Nyaugusu.
Outre ces réfugiés congolais, environ 230.000 Burundais sont encore installés en Tanzanie. Leur retour est, lui aussi, suspendu à l’amélioration des conditions de sécurité dans leur pays, toujours déchiré par la guerre civile.


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