En moins de 50 secondes — 49 sec 77 pour gagner — et l’espace d’un tour de piste avec deux drapeaux dans les mains, Freeman a ravi tout un continent, l’Australie, mais aussi une culture, celle des aborigènes dont elle fut le premier représentant olympique en 1992 à Barcelone.
Car si l’athlète a connu les rudesses de la compétition au plus haut niveau, c’est surtout hors des pistes qu’elle a beaucoup souffert, lorsqu’elle s’est heurtée aux sensibilités nationales et culturelles.
Le premier «scandale» est intervenu en 1994 lorsque, pour célébrer sa victoire aux Jeux du Commonwealth, elle arborait fièrement sa culture en brandissant le drapeau aborigène lors du tour d’honneur, soulevant la colère des Australiens.
La leçon était dure mais retenue. Et ce sont les couleurs australiennes qu’elle brandissait à Atlanta pour exprimer son bonheur d’avoir terminé deuxième derrière l’intouchable Française Marie-José Pérec. Hélas, elle heurtait cette fois la sensibilité des aborigènes, qui se sentaient ainsi lâchés par l’une des leurs.
Rejoindre les anciens
Que faire? Freeman trouvait la solution en même temps que l’or mondial. Le visage éclairé par un large sourire, la championne à l’allure de petit garçon — depuis qu’elle a adopté une coiffure très courte — effectuait une dernière ronde sur l’anneau d’Athènes en brandissant les couleurs australiennes et aborigènes.
«Je veux juste montrer que je suis fière de ce que je suis et d’où je viens», déclarait-elle. «j’aimerais d’ailleurs rejoindre un jour les anciens dans les contrées reculées et écouter leurs histoires».
Parmi ces histoires figurera peut-être un jour la sienne, celle de cette adolescente surdouée qui s’est révélée sur la scène internationale à l’âge de 16 ans en remportant l’or du relais 4x100 mètres aux Jeux du Commonwealth en 1990. L’histoire d’une athlète menue (1,64m pour 52 kg) qui a vite gêné des adversaires aux carrures impressionnantes, comme la puissante Jamaïcaine Sandie Richards, sa dauphine du jour, et n’a buté à Atlanta que sur Pérec et ses grandes foulées.
Et tant pis si Pérec a fait l’impasse sur le 400 mètres d’Athènes. Ca n’enlevait rien au bonheur de la nouvelle championne, qui ravalait péniblement ses larmes sur la première marche du podium, le drapeau australien flottant dans le ciel d’Athènes et celui des aborigènes quelque part dans son cœur...

