Le président Bill Clinton a appelé l’Autorité palestinienne à prendre des «mesures concrètes» pour la sécurité après le double attentat de Jérusalem mercredi, avertissant qu’il en allait de la sauvegarde du processus de paix au Proche-Orient.
«Il n’y a aucune justification et il ne doit y avoir aucune tolérance pour ce genre d’acte inhumain», a affirmé le président lors d’une brève allocution télévisée à la Maison-Blanche.
Il a également annoncé le report de la visite de l’émissaire américain au Proche-Orient, Dennis Ross.
M. Clinton a estimé que ce double attentat, un «acte barbare» selon lui, ne visait pas seulement «des Israéliens innocents» mais plus généralement «la majorité des Israéliens, Palestiniens et Arabes qui veulent une paix juste et durable».
«La seule réponse peut et doit être des mesures concrètes par l’Autorité palestinienne pour renforcer les opérations de sécurité», ainsi que «le renforcement de la coopération en matière de sécurité entre Palestiniens et Israéliens», a ajouté M. Clinton.
Il a également appelé Israéliens et Palestiniens à retourner à la table des négociations en faisant preuve d’une «détermination plus profonde à rechercher la paix».
Un slogan
sans valeur
Le secrétaire d’Etat Madeleine Albright a indiqué pour sa part avoir «demandé instamment» par téléphone à Yasser Arafat de redoubler d’efforts pour assurer la sécurité après l’attentat terroriste.
Mme Albright, qui a décidé d’écourter de quelques heures son escale à Hawaï, sur le chemin du retour après une visite en Asie, a dit «avoir fait comprendre très clairement au président Arafat sa conviction que sans la sécurité, la paix est un slogan qui n’a ni signification ni valeur».
«C’est seulement lorsqu’une paix sûre et durable sera obtenue que les ennemis de la paix seront vaincus», a déclaré le président Clinton, assurant qu’il entendait rester personnellement impliqué dans le processus de paix de manière «suivie et intense».
Le président américain a par ailleurs indiqué avoir appelé au téléphone mercredi le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a mis en cause le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat pour son incapacité à empêcher de tels attentats.
La mission Ross
Treize personnes ont été tuées et plus d’une centaine blessées mercredi dans un double attentat à la bombe perpétré par deux kamikazes palestiniens dans le grand marché juif de Jérusalem-Ouest, selon la police israélienne. Les deux Palestiniens sont morts également.
Interrogé par des journalistes, M. Clinton a confirmé qu’il avait reporté sine die la visite dans la région du coordinateur américain pour le processus de paix au Proche-Orient Dennis Ross, afin de respecter le «deuil» du peuple israélien.
La Maison-Blanche avait annoncé ce voyage la veille, affirmant que M. Ross était porteur d’«idées nouvelles» pour faire avancer le processus de paix.
«La raison pour laquelle nous avons annoncé mardi le départ de l’ambassadeur Ross est qu’il y a eu des développements positifs», a expliqué le porte-parole de la Maison-Blanche, Michael McCurry, faisant part de la frustration grandissante de Washington.
Evaluer le moment
opportun
Mme Albright a indiqué que le gouvernement américain va maintenant évaluer «quel est le moment opportun» de renvoyer au Proche-Orient le médiateur Dennis Ross.
Cette nouvelle tournée de M. Ross devait être la première depuis la mi-mai, où il avait fait sans succès la navette entre Jérusalem et Gaza. Elle avait été décidée après la récente reprise des discussions entre Palestiniens et Israéliens sur des dossiers qui avaient été retardés par la décision israélienne de mettre en chantier, le 18 mars, un nouveau quartier de colonisation juive à Jérusalem-Est.
La Maison-Blanche a estimé que le double attentat était de toute évidence lié à cette reprise des pourparlers de paix mais pas à la visite prévue de Dennis Ross.
«Je ne l’interpréterais pas comme une action anti-américaine», a indiqué un haut responsable américain ayant requis l’anonymat.
Ce responsable a reconnu que la déclaration du président Clinton après l’attentat constituait un net avertissement au président Arafat. «Il a très certainement voulu désigner Arafat du doigt — c’est tout à fait certain — et le sommer de mieux faire», a-t-il affirmé.
«Il n’y a pas forcément complicité mais néanmoins ils (les dirigeants palestiniens) ne font peut-être pas tout ce qu’ils peuvent pour aller dénicher» les terroristes, selon lui. (AFP)


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