Ioan Sistean, l’un des six évêques gréco-catholiques du pays, vient de dire la messe. Vingt-cinq ans après sa propre ordination, organisée dans la clandestinité, il vient d’ordonner quatre nouveaux prêtres.
«Jusqu’à présent, nous n’avons obtenu que le droit de vivre notre foi sans nous cacher et de célébrer nos messes en plein air, souligne-t-il. C’est peu, mais après des années d’oppression et de terreur, c’est déjà beaucoup».
Pendant quatre décennies de dictature communiste, la répression fut implacable à l’encontre de l’Eglise gréco-catholique de Roumanie, née en 1596 de la signature, par les évêques orthodoxes d’Ukraine, d’un traité d’allégeance au Vatican.
Cette Eglise uniate, c’est-à-dire inféodée à Rome mais pratiquant son propre rite — en l’occurrence, orthodoxe —, fut durement frappée par la répression communiste, dès les premières semaines du régime instauré en 1948.
Forte de 2,5 millions d’âmes à l’époque, elle n’en compte plus aujourd’hui, officiellement, que 230.000.
Nicolae Ceausescu, qui voyait en eux les «agents de l’impérialisme occidental corrompu», entreprit au début de son règne de convertir de force à l’orthodoxie tous les gréco-catholiques du pays. En trois semaines, face à des pressions de toutes sortes, 90% d’entre eux durent s’exécuter.
Les autres, qui n’étaient que quelques centaines, vécurent leur foi dans la clandestinité, célébrant les messes dans le secret des appartements ou des fermes.
La Securitate, redoutable police politique du régime, emprisonna nombre de réfractaires. Douze évêques moururent en détention et plus de 2.000 églises furent transformées en lieux de culte orthodoxe.
Un an après la révolution et l’exécution des Ceaucescu, le nouveau gouvernement socialiste a levé l’interdiction de cette Eglise uniate, mais s’est bien gardé de rouvrir le dossier des 2.000 lieux de culte cédés à son homologue orthodoxe.
En 1997, seuls 97 d’entre eux ont été rétrocédés. Les quelque 300 prêtres gréco-catholiques privés d’église célèbrent donc leurs messes en plein air.
Ce problème n’a rien d’anecdotique. A l’instar de ce qui s’est passé en Ukraine, il a donné lieu, en Transylvanie, à des combats de rue. Elu à l’automne dernier, le gouvernement centriste a tenté de calmer le jeu. Sans succès.
Un projet de loi déposé au Parlement envisage de restituer aux gréco-catholiques au moins une église dans tous les villages où ils étaient présents avant leur mise hors-la-loi.
Mais ce texte ne satisfait aucun des deux camps. Le clergé orthodoxe, qui représente 86% des Roumains, s’insurge contre ce qu’il considère comme une ingérence du monde politique dans la sphère religieuse. Et les uniates, peu enclins à composer, estiment le texte insuffisant.
Ce n’est pas d’une loi que nous avons besoin, mais d’un décret présidentiel ou gouvernemental ordonnant la restitution de tous nos biens», dit Sistean.
Pour Andrei Costinas, l’un des deux popes de la cathédrale — aujourd’hui orthodoxe — de Baia Mare, la législation est une violation du statut autonome de l’Eglise.
«La seule chose à laquelle nous donnerions notre accord, c’est un référendum qui permettrait aux paroissiens de décider par eux-mêmes», dit Costinas.
En attendant un règlement définitif du problème, les gréco-catholiques ont entrepris la construction d’églises où ils pourront prier dans de meilleures conditions que dans les parcs ou sur les places publiques. Mais ils n’abandonnent pas leur croisade pour récupérer les biens qu’ils estiment tenir de leurs ancêtres. (Reuter)

