«Nous allons avancer pas à pas, et les premiers pas ne seront pas très grands mais extrêmement importants», a indiqué lors d’une conférence de presse le commandant de la future mission, Anatoli Solovev. Ce dernier, considéré comme l’un des cosmonautes les plus chevronnés de Russie, s’est rendu jeudi au cosmodrome kazakh de Baïkonour.
«Nous allons regarder avec précaution autour de nous — au sens figuré — pour accomplir notre travail avec la probabilité totale et absolue de sauver notre vie et la station en général», a ajouté le colonel Solovev qui, comme tous les commandants de bord russes, est officier de l’armée de l’air.
Solovev, 49 ans, un «héros» de l’Union Soviétique qui a déjà volé quatre fois à bord de la station Mir, soit 1 an et trois mois au total, a affirmé que voler dans l’espace ne lui avait jamais fait peur, «même pas la première fois», en 1988.
D’abord en raison d’entraînements «très proches de la réalité», selon lui. Ensuite parce que, «de vol en vol, certaines choses rentrent très profondément dans le cerveau, dans le subconscient. C’est un peu comme quand on apprend à faire du vélo: une fois qu’on sait, on n’oublie plus».
Preuve que Solovev n’a pas froid aux yeux: lui et son ingénieur de bord, Pavel Vinogradov, vont essayer pendant leur séjour d’arrimer le vaisseau Progress à la station par le même système d’arrimage manuel utilisé lors de la collision du 25 juin — sur lequel des doutes ont été émis.
«Nous avons répété plusieurs fois un tel arrimage avec Pavel Vinogradov», a-t-il dit, assurant qu’ils seraient capables de contrôler le vaisseau cargo y compris «en cas de problèmes» techniques.
L’astronaute américaine Wendy Lawrence, qui doit partir pour Mir à la mi-septembre si la NASA estime que les garanties de sécurité sont suffisantes, a dit avoir «un grand désir de voir » la station spatiale russe.
«Qui ne veut pas voler dans l’espace? Anatoli (Solovev) est probablement le commandant spatial russe le plus expérimenté. J’ai entièrement confiance dans ses capacités à résoudre les problèmes qui pourraient apparaître pendant le vol», a indiqué cette femme de 38 ans, une océanographe devenue pilote de l’US Navy en 1982.
Elle a dit se sentir «complètement prête», «psychologiquement et techniquement», pour ce vol.
Pavel Vinogradov, 43 ans, s’est montré tout aussi sûr de lui que son commandant, bien que n’ayant jamais volé dans l’espace.
«Aujourd’hui, je peux dire que nous sommes prêts», a indiqué cet ingénieur féru d’informatique. «Les travaux que nous aurons à effectuer ne seront pas simples. Mais nous devons y arriver», dit-il sur le ton de l’évidence.
Ces travaux consisteront d’abord à ramener l’alimentation électrique de la station, réduite d’un tiers par la collision le 25 juin avec un «camion le l’espace», le vaisseau de ravitaillement Progress.
Vinogradov et Solovev essaieront le 20 août de rentrer dans le module Spektr percé et dépressurisé lors de la collision du 25 juin.
Pour éviter que la dépressurisation ne gagne l’ensemble de la station — une menace de mort pour les cosmonautes — l’équipage a fermé précipitamment le module, débranchant du même coup les panneaux solaires de Spektr qui n’alimentent donc plus le système électrique général.
Depuis, les cosmonautes à bord — le commandant Vassili Tsibliev, l’ingénieur Alexandre Lazoutkine et l’astronaute de la NASA Michael Foale — doivent économiser au maximum l’électricité. La quasi-totalité des recherches scientifiques, qui sont la raison d’être de ce laboratoire volant à 400 km d’altitude, ont dû être arrêtées.
Si Solovev et Vinogradov réussissent à reconnecter les panneaux solaires, ils feront le 3 septembre une sortie dans l’espace pour inspecter de l’extérieur le trou dans Spektr, afin de déterminer par quels moyens colmater ce trou d’ici la fin de leur mission en février 1998. (AFP)

