Des centaines de policiers, soutenus par des blindés, ont dispersé à coups de matraques et des jets d’eau les quelque 5.000 islamistes qui manifestaient devant le ministère de l’Education.
Les islamistes ont toutefois résisté en jetant des pierres sur les policiers mais aussi sur les journalistes qui couvraient l’événement.
Plusieurs manifestants ont été placés en garde à vue.
Cinquante-cinq personnes avaient été déjà arrêtées lorsqu’un groupe de manifestants avait tenté de bloquer l’avenue où se trouve le siège de l’état-major des armées turques.
Quatre journalistes — un reporter et trois cameramen — ont été blessés par la police (bien la police) à coups de matraques lors de la dispersion des manifestants.
Les quelque 200 journalistes présents ont alors cessé de couvrir les événements en signe de protestation contre le mauvais traitement de leurs collègues et se sont dirigés vers le ministère de l’Intérieur en scandant des slogans comme «la presse libre ne se taira pas».
Les manifestants islamistes étaient venus hier matin à Ankara de plusieurs villes, dont Istanbul. Leurs convois ont bloqué la circulation et ils ont occupé un moment la place de Kizilay, la plus importante de la ville.
Ces islamistes, pour la plupart barbus et vêtus de pantalons bouffants, ont brandi des drapeaux verts (la couleur de l’islam), criant «Allahuakbar» (Dieu est grand) devant le ministère de l’Education. Là, ils ont appelé le gouvernement pro-laïc du premier ministre Mesut Yilmaz à démissionner en raison de sa volonté de fermer ces écoles qui forment les imams.
Plusieurs députés du Parti de la prospérité (Refah) de l’ancien premier ministre islamiste Necmettin Erbakan, ont rejoint les manifestants devant le ministère.
M. Erbakan a démissionné le 18 juin sous la pression des militaires, qui l’accusaient d’avoir combattu la laïcité.
Les islamistes turcs, notamment le Refah, s’opposent à ce projet car ces écoles religieuses servent également à former leurs cadres futurs.
Le projet de loi qui prévoit l’augmentation de la durée de l’enseignement obligatoire de 5 à 8 ans, provoquant ainsi la fermeture des sections secondaires des écoles religieuses, doit être discuté ces jours-ci au Parlement.
L’augmentation de la durée de l’enseignement obligatoire figurait parmi les mesures destinées à lutter contre la dérive fondamentaliste et dictées le 28 février par le Conseil national de sécurité (MGK) au gouvernement du premier ministre islamiste Necmettin Erbakan.
Le MGK qui réunit le chef de l’Etat, le premier ministre, les ministres des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intérieur ainsi que les cinq plus hauts commandants des armées, est l’organe par lequel l’armée exerce son influence sur la classe politique.
Reddition de policiers
Par ailleurs, six policiers impliqués dans la mort d’un journaliste alors qu’il était en garde à vue, se sont rendus à la justice à Afyon (ouest).
Il s’agit d’un directeur de police et cinq policiers contre lesquels la justice avait déjà lancé des mandats d’arrêt, a indiqué le ministre de l’Intérieur, M. Oltan Sungurlu, cité par l’agence Anatolie.
Le journaliste du quotidien de gauche «Evrensel» (qui a cessé de paraître), Metin Goktepe, 27 ans, avait été battu à mort par un groupe de policiers, après son arrestation le 8 janvier 1996 à Istanbul alors qu’il couvrait les obsèques de deux détenus, tués lors de la répression d’une mutinerie dans une prison de la ville.
Ces policiers se sont rendus au Parquet d’Afyon, où se déroule un procès intenté contre 48 policiers au total, accusés d’«homicide collectif» dans le cadre de cette affaire.
Trois autres policiers faisant également l’objet de mandats d’arrêt se rendront prochainement à la justice, ont affirmé ces policiers, selon l’un des magistrats du Parquet d’Afyon, Ali Velioglu.
Les six policiers ont été emprisonnés à Afyon après leur reddition, selon le gouverneur de cette province, Ahmet Ozyurt, cité par Anatolie. (AFP)


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