Le professeur David Chandler, l’un des spécialistes mondiaux reconnus de Pol Pot et des Khmers rouges, a qualifié la vidéo montrant les premières images en 18 ans de Pol Pot jugé pour trahison de «document journalistique exceptionnel».
«Il est certain que c’est bien Pol Pot, les traits de son visage qui me sont familiers sont bien les mêmes», a ajouté David Chandler qui enseigne l’histoire à l’université de Melbourne.
«Je pense (que Pol Pot) n’est plus le véritable chef des Khmers rouges», a ajouté M. Chandler, qui estime qu’il n’est pas clair de savoir qui a organisé le procès, mais que l’on peut penser qu’il s’agit des deux derniers membres de l’équipe de Pol Pot, Khieu Samphan et Ta Mok, car ils n’ont pas été jugés eux-mêmes.
«L’identité des protagonistes n’est pas claire pour moi, mais il est certain que la personne qui dirige le procès a reçu des instructions d’une autorité supérieure», a ajouté M. Chandler.
«La personne qui a donné l’ordre de mener ce procès a pris le pouvoir au sein du mouvement khmer rouge qui souhaite opérer un rapprochement avec des éléments dissidents de l’ancien gouvernement de coalition du premier ministre cambodgien évincé, le prince Norodom Ranariddh», a-t-il précisé.
Le «tribunal populaire» décrit dans la vidéo ressemble aux procédures appliquées par les tribunaux pendant la période de la Révolution culturelle chinoise qui avaient servi de modèle aux Khmers rouges.
«Je pense que Pol Pot est une personne trop fière pour se prêter à un simulacre de procès. Il a dû le subir, soit parce qu’il a été forcé à le faire pour des raisons tactiques par des gens qui ont pris sa place à la tête du mouvement, soit parce que ces gens ont souhaité l’humilier».
M. Chandler estime que cette dernière hypothèse est moins probable car Pol Pot ne portait pas de menottes, contrairement aux deux généraux jugés en même temps que lui, ce qui démontre qu’il bénéficie encore d’un certain respect de la part de ceux qui l’ont jugé.
«Le moment du procès suggère qu’il était lié à l’éclatement de la coalition au pouvoir, sinon il aurait plutôt eu lieu après l’assassinat de Son Sen», a encore précisé David Chandler.
Son Sen, l’ancien responsable militaire des Khmers rouges, avait été exécuté en juin en compagnie de sa femme et de ses gardes du corps, vraisemblablement sur l’ordre de Pol Pot. (AFP)

