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Actualités - Chronologie

Après la guerre, la politique

«Je fais la guerre. La politique viendra après». Sept ans après cette déclaration, Charles Taylor, 49 ans, est sur le point d’atteindre le but qu’il n’osait avouer lorsqu’il a allumé les feux d’une cruelle guerre civile le soir de Noël 1989: la présidence du Liberia.
Pour ses détracteurs, l’ancien fonctionnaire banni, au collier de barbe finement taillé, fils d’un père Noir américain et d’une mère libérienne, porte une très lourde responsabilité dans les 150.000 morts civils de la guerre des factions.
Né en 1948 dans le quartier d’Artiton, une banlieue aisée de Monrovia, il obtient un diplôme d’économie au Bentley College (Etats-Unis, Massachussetts) avant d’entrer en 1979 dans la fonction publique.
Accusé par Samuel Doe en 1984 du détournement de près d’un million de dollars, il se réfugie aux Etats-Unis. Invité à quitter le pays, il entreprend une vie d’exilé en Afrique, au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire et en Libye notamment.
Volontiers cynique, Charles Taylor a longtemps été considéré comme le «diable», tant à Monrovia qu’à l’étranger, où on l’accuse de commettre des atrocités et d’être le principal obstacle à la paix.
Son image diabolique se renforce à la mort de Samuel Doe, atrocement torturé à mort, en direct devant les caméras vidéo, par Prince Johnson, ancien adjoint de Charles Taylor.
Lors d’une contestation au sein même de son mouvement, un de ses lieutenants avait recommandé de le «tuer comme un serpent».
Par deux fois, en août 1990 et fin 1992, Taylor, qui contrôle l’essentiel du territoire, veut s’emparer du pouvoir, mais il n’arrive jamais à conquérir Monrovia, protégée par l’ECOMOG, la force ouest-africaine de paix.
Pourchassé sur tous les fronts par les autres factions, il finit par se replier à partir de 1993 dans son fief de Gbarnga (150 km au nord de Monrovia), où il se fait appeler «Monsieur le Président» et bat même monnaie.

«La guerre est finie»

Depuis la signature en août 1995 des accords de paix d’Abuja, Charles Taylor, nommé au sein du conseil d’Etat (présidence collégiale de transition), semble être revenu en grâce. Son entrée à Monrovia, quittée onze ans plus tôt, est saluée par des dizaines de milliers de personnes en liesse, aux cris de «La guerre est finie».
En janvier dernier, c’est lui qui donne le signal du désarmement massif des factions, en organisant à Gbarnga une première remise d’armements lourds à l’ECOMOG.
Quelques jours plus tard, son mariage — le troisième — avec Jewel Howard, vice-gouverneur de la banque centrale du Liberia, constitue l’événement mondain de l’année, et la présence de nombreux dignitaires étrangers, dont le ministre nigérian des Affaires étrangères Tom Ikimi et du commandant en chef de l’ECOMOG, le général Victor Malu, est interprétée comme une «réconciliation» avec Abuja comme avec l’ECOMOG.
Devant le «tout Monrovia», Charles Taylor, déjà père de huit enfants, «pardonne au peuple et demande au peuple de lui pardonner» sur le ton emphatique qui lui est coutumier.
Charles «Ghankay» Taylor, qui a récemment africanisé son nom, présente alors sa nouvelle femme aux Libériens, leur annonçant qu’il a «trouvé une mère pour ses enfants, une mère pour le pays».
Se présentant comme un «capitaliste délibéré et intransigeant, et fier de l’être», son élégance raffinée l’a fait troquer au fil des années le complet veston cravate pour la saharienne, en passant par le treillis de bonne coupe, mais avec une constante, les lunettes de soleil Ray-Ban.
Sa campagne électorale, faite de slogans à l’emporte-pièce, «Rien ne peut arrêter Ghankay», «Gardons l’espoir vivant» et de distribution de riz, a été largement plus ostentatoire que celles de ses rivaux, qui n’avaient, il est vrai, pas les mêmes moyens.
Emetteurs radio, affiches dans toutes les villes du pays, Charles Taylor n’a pas lésiné. Pour ses adversaires, il n’a fait que redistribuer une partie de ses pillages, chacun l’accusant d’avoir trempé dans la contrebande du caoutchouc, du bois, du diamant... (AFP)
«Je fais la guerre. La politique viendra après». Sept ans après cette déclaration, Charles Taylor, 49 ans, est sur le point d’atteindre le but qu’il n’osait avouer lorsqu’il a allumé les feux d’une cruelle guerre civile le soir de Noël 1989: la présidence du Liberia.Pour ses détracteurs, l’ancien fonctionnaire banni, au collier de barbe finement taillé, fils d’un père Noir américain et d’une mère libérienne, porte une très lourde responsabilité dans les 150.000 morts civils de la guerre des factions.Né en 1948 dans le quartier d’Artiton, une banlieue aisée de Monrovia, il obtient un diplôme d’économie au Bentley College (Etats-Unis, Massachussetts) avant d’entrer en 1979 dans la fonction publique.Accusé par Samuel Doe en 1984 du détournement de près d’un million de dollars, il se réfugie...