La chaîne fondée par Ted Turner doit désormais compter avec deux nouvelles rivales: la chaîne MSNBC, née en juillet 1996 de l’alliance entre le réseau NBC et le géant de l’informatique Microsoft, et Fox News, lancée en octobre 1996 par le magnat de la presse australien (naturalisé américain) Rupert Murdoch.
Si elle continue de dominer le marché de l’information en continu, CNN a vu depuis plusieurs mois son audience chuter pour atteindre son plus bas niveau depuis son lancement en 1980.
Selon l’institut Nielsen Media Research, le nombre moyen de foyers qui regarde quotidiennement CNN est ainsi tombé de 572.000 en 1995 à 327.000 en 1996 et à 320.000 au premier semestre 1997 (soit 0,4% de parts de marché, sur 71,2 millions d’abonnés). Les taux d’audience des tranches de début de soirée ont baissé, eux, de 33% l’an dernier.
«Le déclin de l’audience est comparable à ce qu’ont connu il y a quelques années les grands réseaux ABC, CBS et NBC», estime Tom Wolzien, analyste média à Sanford C. Bernstein and Company, à New York.
Les raisons? «Il y a de plus en plus de télévisions, donc davantage de choix sur le câble, la concurrence des chaînes locales d’informations et pas de gros événements d’actualité en ce moment», avance-t-il.
En 1995, la retransmission en direct du procès d’O.J. Simpson avait aussi contribué à gonfler l’audience de la chaîne d’Atlanta (Géorgie), qui a bâti sa réputation sur la couverture en direct d’événements de portée historique, type massacre de Tiananmen ou guerre du Golfe.
«O.J. Simpson n’est plus dans le box des accusés, reconnaît un porte-parole de la chaîne, Steve Haworth. Mais les raisons, ajoute-t-il, sont plus vastes: une concurrence accrue et un manque d’intérêt des téléspectateurs pour l’information nationale et internationale».
Face à la concurrence, la suprématie de CNN demeure encore largement intacte, ses deux jeunes rivales faisant encore pâle figure.
L’audience de MSNBC reste à des niveaux ridicules: 0,1% de parts de marché au premier semestre 1997, soit 26.000 foyers. Quant à Fox News, à défaut de conquérir l’audience escomptée (0,07% de parts de marché, soit 14.000 foyers), elle tente avec un format moins ambitieux d’établir sa crédibilité. Son PDG, Roger Ailes, se targuait même récemment d’avoir «battu» en rapidité CNN à 14 reprises.
Sans attendre, CNN a néanmoins décidé de passer à l’offensive, modifiant sa grille de programmes et diversifiant ses supports (Internet notamment), sans toutefois renier ce qui fait son fonds de commerce, le «hard news».
«Nous restons avant tout une chaîne à la pointe de l’information dans le monde», insiste Steve Howarth, en soulignant la formidable croissance de CNN International qui touche désormais 120 millions de foyers en dehors des Etats-Unis.
La chaîne, tombée dans le giron du géant du multimédia Time Warner après le rachat en 1996 du groupe Turner Broadcasting System pour 7,5 milliards de dollars, a également poursuivi sa stratégie de diversification avec le lancement de «télévisions de niches»: CNN Financial Network (CNNfn, consacrée à l’économie), CNN SI (chaîne sportive, en collaboration avec le magazine Sports Illustrated) et CNN en espagnol. Sans compter le développement de CNN Interactive sur le Web (35 millions de pages consultées par semaine).
Estimant le marché saturé, les deux grands réseaux CBS et ABC ont préféré rester à l’écart. Les grands journaux du soir restent une valeur sûre: 55% des Américains s’informent grâce à eux et, chez ABC, on souligne, non sans ironie, que la seule audience du journal du soir de Peter Jennings, «ABC News», dépasse de près de trois fois l’audience cumulée quotidienne de CNN.
Reste que le véritable danger à long terme pour CNN pourrait venir d’ailleurs: les chaînes d’info continue locales.
A Washington, News Channel 8 prospère ainsi en ouvrant ses journaux sur les nouvelles régionales, les embouteillages et la météo. Résultat: une audience supérieure d’un tiers à celle du géant mondial de l’information. (AFP)


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