La découverte d’un nouveau virus chez des malades atteints de sclérose en plaques (SEP), associée à la découverte d’un facteur destructeur pour les gaines des nerfs par des chercheurs français, renforcent la piste du virus pour expliquer cette maladie neurologique invalidante, qui frappe le plus souvent l’adulte jeune.
L’identification d’un «nouveau rétrovirus» humain, isolé à partir de prélèvements provenant de patients atteints de SEP et dénommé «MSRV», vient d’être rapportée par l’équipe d’Hervé Perron — Université Joseph Fourrier de Grenoble (Alpes françaises) et BioMérieux —, début juillet dans les annales de l’Académie américaine des Sciences, les «Proceedings».
Le virus, comme le facteur toxique «spécifique de la SEP», n’a pas été retrouvé dans d’autres maladies dégénératives comme l’Alzheimer ou le Parkinson.
«Mais attention, si cette piste originale est passionnante, il ne faut pas croire que l’on a trouvé le virus qui cause la SEP. Il reste quelques années de travail pour le prouver», met en garde le Pr François Rieger (institut français de recherche médicale INSERM, laboratoire de neuropathologie), responsable de la découverte du «facteur gliotoxique», produit destructeur des cellules productrices des gaines isolantes de myéline qui entourent les nerfs.
Une des caractéristiques de la maladie est justement la détérioration de ces gaines isolantes qui préservent normalement la qualité de l’influx nerveux.
Facteur gliotoxique
La production du facteur toxique et la présence du rétrovirus MSRV (pour Multiple Sclerosis associated RetroVirus), cultivé en laboratoire, semblent bien aller de paire. Deux études sous presse dans la revue Febs (Fédération des sociétés de biologie européenne) et le journal of Neurological Sciences américain confortent ce lien, ainsi que le rôle délétère du facteur toxique.
La SEP, la plus commune des maladies neurologiques parmi les adultes jeunes, touche 50.000 personnes en France, 350.000 aux Etats-Unis.
Cette maladie neurologique chronique et invalidante débute en général vers la trentaine. «Elle est deux fois plus fréquente au Nord qu’au Sud de l’Europe, mais touche aussi d’autres contrées» (Maghreb, Egypte, Extrême-Orient), souligne le Pr Rieger.
Ce n’est que récemment qu’une variété de virus, dite rétrovirus, pendant longtemps négligée chez l’homme, quoique abondamment décrite chez l’animal, a connu un regain d’intérêt avec l’arrivée du sida. Les «rétrovirus» connus, pathogènes pour l’homme, ne sont en effet pas légion.
«Reste maintenant à déterminer si le virus MSRV figure au moins partiellement dans le patrimoine génétique des patients et quels éléments externes (autre virus, par exemple) peuvent le rendre actif», relève le spécialiste.
Les Français ont réussi à extraire et à purifier partiellement le «facteur gliotoxique», une protéine, capable de déclencher la mort des cellules non-neuronales.
Son injection dans le cerveau des rats provoque des lésions comparables à celles de la SEP. Le facteur toxique entrave le «câblage indispensable des neurones», réalisé par des cellules spécialisées («oligodendrocytes»).
Il semble également être capable d’altérer une variété de cellules importantes, dont le rôle d’architecte-bâtisseur du système nerveux est souvent méconnu, les astrocytes.
Ainsi, injecté aux rats, le facteur gliotoxique affecte la solidité de la barrière «hémato-encéphalique» qui protège le cerveau contre la pénétration d’agents ennemis (cellules agressives ou porteuses de virus).
«Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives diagnostiques et thérapeutiques pour cette maladie, pour laquelle on ne connaît pas de traitement curatif», conclut le chercheur. (AFP)

