Mais Tokyo n’a jamais prétendu vouloir jouer les premiers rôles sur ce terrain. C’est la gravité de la crise qui le force maintenant à se lancer directement dans la bataille.
Le gouvernement japonais a confirmé lundi l’arrivée cette semaine d’une délégation thaïlandaise conduite par le ministre des Finances Thanong Bidaya, celui des Affaires étrangères Prachuab Chaiyasarn et le gouverneur de la Bank of Thaïlande Rerngchai Marakanonda qui vont demander au Japon de prendre la tête d’un plan de sauvetage pour le baht.
La Thaïlande souhaite la mise sur pied d’un fonds de stabilisation d’au moins 20 milliards de dollars sous forme de prêts. Tokyo pourrait, selon les médias japonais, apporter 1 milliard.
Mais surtout, le ministère des Finances nippon prépare fébrilement un plan d’ensemble ambitieux pour éviter une aggravation de la crise. Selon des indiscrétions de la presse économique japonaise, il prévoit la participation du Fonds monétaire international (FMI), des gouvernements des pays voisins de la Thaïlande ainsi que des banques privées japonaises.
Lundi, les spéculateurs ont attaqué les devises malaisienne et indonésienne et même le dollar de Singapour. Les trois monnaies ont chuté sous la pression des fonds d’arbitrage étrangers après les dévaluations de fait du baht thaïlandais le 2 juillet puis du peso philippin vendredi.
«Le Japon a toujours dit à ses interlocuteurs asiatiques qu’il ne voulait pas être le grand frère, que ses pouvoirs en matière monétaire sont limités. Aujourd’hui, c’est l’urgence qui le contraint à prendre les choses en main», souligne Mimeko Sasaki-Smith de CS First Boston.
«Le Japon n’a pas le choix, car il aurait beaucoup à perdre s’il ne faisait rien», ajoute-t-elle.
Prendre la tête d’une opération multilatérale de cette ampleur est une grande première pour le Japon qui n’a pas l’expérience des Etats-Unis en la matière. Pour Tokyo, il s’agit d’un défi d’une redoutable complexité.
Le ministère des Finances doit convaincre une quinzaine de banques commerciales japonaises de prendre part au montage. Il devra coordonner l’action des institutions internationales et des gouvernements et obtenir de la Thaïlande de solides garanties sur l’emploi des fonds.
«Il est évident que la délégation thaïlandaise ne pourra pas rentrer à Bangkok les mains vides. Ce serait un signal désastreux pour les marchés», explique Mme Sasaki-Smith.
Le Japon a conclu en avril 1996 son adhésion à un mécanisme de stabilisation des changes avec sept pays émergents: Australie, Hong Kong, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande. Au total, onze pays de l’Asie-Pacifique ont conclu de tels accords.
Tokyo possède dans ses coffres les premières réserves de changes de la planète, plus de 222 milliards de dollars. Il s’est engagé à fournir des liquidités à ces pays en cas d’attaques spéculatives.
Si le Japon intervient, «c’est avant tout pour sauvegarder ses propres intérêts», souligne Masaharu Usuki du LTCB Research Institute. Si elle s’élargit, la crise frapperait de plein fouet les nombreuses entreprises japonaises qui ont investit en Asie, sans épargner les banques nippones qui ont beaucoup prêté.
«Le Japon est la principale économie asiatique. Beaucoup de ses usines sont en Asie et c’est le Japon qui est derrière le miracle économique asiatique», explique Rochard Werner, chef économiste de Jardine Fleming Securities.

