Cette méthode peu orthodoxe a, à la fois, été copiée par d’autres postes de police et a provoqué les protestations de plusieurs organismes de défense des libertés civiles.
«Le drogués de la ville traversent une crise... ils doivent maintenant aller en banlieue pour obtenir leurs substances», a expliqué cette semaine le superintendant Avelino Razon, commentant les résultats de cette campagne à la bombe aérosol après le marquage de 160 habitations.
Dans certains quartiers de la capitale, en particulier sur le bord de mer de la baie de Manille, les maisons couvertes des graffiti officiels forment des rangées entières, portant un habitant du quartier de Obrero, l’un des plus touchés, à déclarer: «C’est la loi martiale qui règne ici».
La méthode a été imaginée par Alfredo Lim, le maire musclé de Manille qui avait mené en personne en 1992, fusil M-16 au poing, les raids sur les bars et les maisons closes de la vieille ville.
Enquête sur la
violation des libertés
constitutionnelles
A Pasay, un autre quartier de Manille, la police a poussé la technique Lim en faisant apparaître dans l’inscription les noms et prénoms des personnes soupçonnées de trafic de drogue.
«Nous voulons ainsi lancer un message fort», a commenté le superintendant de la police de Pasay, Arturo Cacdac.
Le message est si fort que la présidente de la Commission philippine des droits de l’homme, Aurora Recina, a ouvert une enquête pour vérifier que la campagne ne violait pas les libertés constitutionnelles.
«Nous voulons par cette méthode faire comprendre aux gens qu’il est honteux de faire du trafic de drogue», a répondu à cette critique le maire Lim qui avait interdit en décembre dernier à Michael Jackson de donner un concert dans sa ville, arguant des accusations pour détournement de mineurs contre lui.
Selon des sources de la police nationale, le trafic de drogue aux Philippines porte sur une valeur annuelle de 9,5 milliards de dollars, soit plus de la moitié du budget de l’Etat.
Les drogués sont estimés à 1,7 million de personnes, et montrent une préférence marquée pour le «Shabu» (Methamphetamine hydrochloride), une substance cristalline provenant principalement de Chine.
«Le trafic de drogue est devenu si important que les syndicats qui la distribuent pourraient élire le prochain président de la République s’ils le souhaitaient», commentait récemment un sénateur philippin, Ernesto Herrera, faisant allusion au pouvoir de l’argent sur le processus électoral aux Philippines.
Depuis 1994, le trafic de drogue est passible de la peine de mort aux Philippines, mais son commerce continue néanmoins de prospérer. En 1996, les saisies totales de la police se chiffraient à 75,8 millions de dollars.
Pour Ramon Tulfo, un éditorialiste local qui l’a suivi tout au long de sa carrière, Alfredo Lim, maintenant âgé de 67 ans, «s’est amolli».
«Quand il était le chef de la police», écrivait-il, «les trafiquants notoires étaient tout simplement abattus au cours d’échanges présumés de coups de feu ou bien ils étaient retrouvés morts sur leurs zones d’opération». (AFP)

