Le président Glafcos Cléridès, qui entame mercredi aux Etats-Unis des pourparlers sur l’avenir de Chypre avec le dirigeant chypriote-turc Rauf Denktash, passe pour un «joueur audacieux», capable d’imposer une solution aux Chypriotes-grecs.
A 78 ans, M. Cléridès est le doyen des hommes politiques chypriotes et celui qui a le plus négocié avec M. Denktash (73 ans).
Avocat et fils de juriste, il a échoué aux présidentielles de 1983 et 1988 — comme son père en 1960 — avant de l’emporter de 1.800 voix en 1993 sur le président sortant George Vassiliou.
Président de la Chambre des représentants de 1960 à 1976, M. Cléridès a assuré l’intérim présidentiel de juillet à décembre 1974, en l’absence du président Mgr Makarios, renversé par un éphémère coup d’Etat inspiré par les colonels d’Athènes et qui a provoqué l’invasion turque.
MM. Cléridès et Denktash ont participé aux accords qui ont mené à l’indépendance de l’île de la couronne britannique en 1959 et 1960, puis à ceux qui ont suivi les heurts sanglants entre les deux communautés en décembre 1963.
Ils ont conclu en 1975 un accord sur «l’échange des populations», en vertu duquel 110.000 Chypriotes-turcs ont été regroupés dans le nord de l’île, alors que les 585.000 Chypriotes-grecs d’alors, dont 180.000 refoulés du nord, ont été pour leur part regroupés dans le sud.
Marié à une Indienne
Ses adversaires lui reprochent cet accord mais ses partisans estiment qu’il «avait libéré des milliers de Chypriotes-grecs otages de M. Denktash».
Aujourd’hui, comme en 1993, «il ose aller aux pourparlers sans que les progrès préalables aient été réalisés, acceptant même les points d’un plan de l’ONU contre lesquels il avait été élu» en 1993, dit un diplomate européen.
Ce côté «joueur-parieur audacieux traduit sa volonté de faire bouger les choses et de prendre des risques». C’est lui qui a commandé début 1997 une vingtaine de missiles russes, provoquant des menaces d’Ankara et générant un vif intérêt international pour une solution à Chypre.
Selon plusieurs diplomates «Cléridès est le seul, voire le dernier, capable de signer une solution avec M. Denktash, et la faire accepter» par l’aile dure et nationaliste de sa communauté.
Bon vivant, navigateur à ses moments de loisir, et doté d’un vif sens de l’humour, M. Cléridès est marié à une Indienne et père d’une fille député du Parti conservateur DISY qu’il a fondé en 1976.
Vétéran de la Royal Air Force et prisonnier durant la Deuxième Guerre mondiale, il a été l’avocat des combattants qui luttaient entre 1955 et 1959 pour l’indépendance de l’île.
M. Cléridès «attend de voir si le processus d’une solution est déclenché d’ici fin septembre, pour poser sa candidature aux présidentielles de février 1998», selon le chef de la diplomatie Yannakis Cassoulidis. (AFP)


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