Le ministre de la Défense Alain Richard a annoncé que la France allait revoir son dispositif militaire en Afrique ainsi que des accords de défense la liant à des pays de ce continent, tandis que son collègue des Affaires étrangères, Hubert Védrine avait déclaré la veille que Paris allait réformer son système de coopération avec l’Afrique.
Le ministre de la Défense a annoncé que le gouvernement français veut revoir le dispositif militaire de la France en Afrique, ainsi que des accords de défense la liant à des pays de ce continent.
Il a affirmé à la presse, sans plus de détails, que le nouveau gouvernement de Lionel Jospin entendait «revoir la taille et la nature du dispositif français en Afrique» et, partant, de revoir également les accords de défense.
M. Richard s’est félicité de la mise en place de la Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui (MISAB) en Centrafrique, souhaitant que la formule des forces inter-africaines se développe.
Il a précisé que le gouvernement de gauche de Lionel Jospin était «en plein accord» avec le président gaulliste Jacques Chirac pour la réussite de la mission de la MISAB.
La MISAB, opérationnelle depuis le 12 février, compte 750 soldats de six pays (Burkina Faso, Gabon, Mali, Tchad, Sénégal, Togo) soutenus par une unité française de 50 hommes sur les 1300 actuellement cantonnés dans les deux bases militaires françaises de Centrafrique.
M. Védrine, qui s’exprimait la veille sur la chaîne française privée LCI, avait estimé qu’il «faut réformer notre système de coopération avec l’Afrique. Il faut revoir la façon dont la France repensera les modalités de son influence, de ses relations et de son partenariat avec l’Afrique», a ajouté M. Védrine.
Selon lui, «il y a un travail à faire, et le moment venu, il y aura une réflexion entre le gouvernement et le président de la République, permettant de trancher les nouvelles orientations» par le chef de l’Etat et le premier ministre.
M. Védrine a également affirmé que les réseaux politiques français en Afrique «appartiennent à une autre époque».
Risque
d’ingérence
Ces orientations du nouveau gouvernement français qui comprend des socialistes, des radicaux, des communistes et des écologistes ne sont pas une surprise.
Le premier ministre Lionel Jospin avait été, alors qu’il était encore dans l’opposition, très critique à l’égard de la politique française en Afrique. Il avait notamment préconisé, en janvier, à propos des interventions militaires à répétition en Centrafrique, «une évolution de la politique africaine de la France», estimant qu’il ne fallait «pas combiner ingérence et impuissance» et avait mis en garde le gouvernement de droite de son prédécesseur Alain Juppé «contre le risque d’ingérence en Afrique».
Début mai, en pleine campagne électorale, le Parti socialiste avait proposé un «nouveau contrat de partenariat avec l’Afrique des jeunes démocrates», en rupture notamment avec «la politique de réseaux et de clientèle» et s’était prononcé en faveur d’une «remise à plat de tous les liens militaires tissés» entre la France et plusieurs pays de ce continent au cours des trente dernières années.
Il avait également exprimé la volonté d’«aider les Africains à assurer eux-mêmes les conditions de sécurité et de stabilité sur leur continent, dans la mesure où ils continueront à le souhaiter».
Jacques Chirac avait pour sa part déclaré en janvier, à propos de la crise dans l’Est du Zaïre, que «la période des interventions unilatérales en Afrique était close». Son ministre de la Défense de l’époque, Charles Millon, avait également indiqué, début 1997, que le dispositif militaire français serait revu à la baisse en Afrique. (AFP)


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