Quatre mois après l’éclatement fin février d’une rébellion populaire sans précédent, l’Albanie continue d’être quotidiennement le théâtre de dizaines d’incidents armés, qui ont fait plus de 1.600 morts et 3.000 blessés à ce jour et provoqué la fuite à l’étranger de milliers de personnes.
Le 2 mars, le Parlement a décrété l’état d’urgence, qui reste en vigueur. La mise en place dix jours plus tard d’un gouvernement de «réconciliation nationale» avec à sa tête l’opposant socialiste Bashkim Fino n’a guère contribué à apaiser la situation.
La communauté internationale a eu bien du mal à arracher l’accord du président Berisha pour la tenue le 29 juin de législatives anticipées, espérant pouvoir ainsi rétablir l’ordre et éviter que la crise ne s’étende à la Yougoslavie et la Macédoine voisines où vivent d’importantes communautés albanaises.
Et si l’ancien chancelier autrichien Franz Vranitzky — mandaté par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) — a réussi à faire accepter du bout des lèvres par le Parti démocratique (PD, au pouvoir) et le Parti socialiste (PS, principale formation d’opposition) un «contrat politique» combinant les modes de scrutin majoritaire et proportionnel, ceux-ci s’affrontent toujours à propos de la levée de l’état d’urgence, que le PD souhaite maintenir.
Pour éviter un éventuel boycottage de dernière minute des élections, l’Italie a fait signer lundi à Rome aux trois principales formations politiques, le PD, le PS et le Parti social-démocrate, un «pacte pour l’avenir de l’Albanie» les engageant à reconnaître les résultats du scrutin de dimanche s’il «est libre et régulier».
Quant à la campagne électorale, ponctuée d’incidents armés, elle s’est déroulée dans un pays où la police ne fait plus le poids devant les bandes armées incontrôlées.
Berisha
menacé
A Vlora (Sud), d’où est partie la rébellion, le comité de salut public, organe de pouvoir parallèle, a menacé de mort le président albanais s’il venait y faire campagne.
Originaire du Nord, Berisha recrute le gros de ses partisans dans les régions septentrionales. Néanmoins, des hommes armés ont tenté en vain samedi, selon la télévision, d’empêcher le président de s’adresser à ses sympathisants dans sa ville natale de Tropoja.
Le 4 juin, il a échappé à un attentat à la grenade lors d’un rassemblement à Rushbull (nord-ouest de Tirana). Une semaine plus tard, à Elbasan (50 km au sud-est de Tirana), il a poursuivi un discours électoral en dépit d’une fusillade qui a éclaté non loin du rassemblement et qui a fait huit blessés.
Avant le soulèvement de février, l’Albanie post-communiste esquissait ses premiers pas sur la voie de la modernisation, attirant même des capitaux étrangers. Mais la faillite des sociétés d’épargne spéculatives, qui a ruiné des dizaines de milliers de personnes, a fait basculer le pays dans l’anarchie.
Les casernes ont été pillées et un million d’armes se sont retrouvées aux mains de la population. La plupart des usines et des édifices publics ont été dévastés et le contrôle des frontières abandonné par l’armée et les douaniers.
Depuis la mi-avril, plus de 6.000 soldats de la Force multinationale de protection (FMP) assurent la distribution de l’aide humanitaire dans le pays menacé de la famine. Ils devraient être environ 7.000 dimanche et leur mandat a été prolongé jusqu’à la mi-août.
La FMP sera notamment chargée de la sécurité des plus de 500 observateurs internationaux appelés à surveiller le bon déroulement du scrutin.
Lors des législatives de mai 1996, le PD avait remporté une victoire écrasante. Mais des fraudes avaient été constatées par la communauté internationale et les principaux partis d’opposition en avaient boycotté le second tour. (AFP)

