Le secteur privé s’applique à la reconstruction du Liban et réussit à progresser malgré un contexte régional qui n’est pas favorable à une reprise. Dans cette situation, les dangers, selon les experts, pour l’équilibre socio-économique du pays sont situés essentiellement au niveau de l’augmentation des dépenses courantes de l’Etat de façon exponentielle et importante face à des ressources qui, elles aussi, augmentent, mais de façon quelque peu anarchique, au vu des règles de l’économie. Seul, l’afflux de capitaux venant de l’étranger semble offrir une possibilité d’équilibre; cela est nécessaire pour ne pas amputer la confiance des Libanais en leur monnaie et en leur nation, mais n’est peut- être pas suffisant pour poursuivre la nouvelle page de l’histoire économique du Liban.
Après la publication du dernier indice synthétique de la Banque Centrale, la récession ne semble pas de mise au Liban. Même si des facteurs saisonniers ont largement contribué à une augmentation de cet indice pour le mois d’avril 97. Effectivement, tout laisse à penser que le secteur privé a poursuivi ses efforts tous azimuts (Industrie exportations). Toutefois, certains secteurs, depuis maintenant de nombreux mois, sont encore touchés par un blocage notoire de l’essor économique libanais. Des domaines essentiels tels l’immobilier et la construction dont les volumes d’affaires sont en stagnation voire en baisse de 2% pour le mois d’avril, et d’environ 20% sur l’année, sont le reflet, non d’un manque de liquidités, mais d’un manque de confiance de la part des Libanais eux-mêmes dans la conduite des affaires du pays. Les dernières mesures, mal comprises... illustrent la crise actuelle. Pour autant, la monnaie nationale est toujours stable, s’apprécie même, non uniquement en raison du soutien quotidien de la BDL dont elle bénéficie, mais aussi grâce aux flux de capitaux venant de l’extérieur et, notamment, de sources institutionnelles. L’augmentation de ces flux est d’environ 60% entre avril 96 et avril 97 (concernant les dépôts des non-résidents seulement).
La dette interne nette qui, elle, était en décembre 95 de 9295 milliards de L.L. est passée à 13.358 milliards en décembre 96 et à 19. 151 en avril 97. Alors que l’augmentation entre décembre 1995 et avril 1996 a été de 650 milliards de L.L., l’augmentation entre les mois de décembre 1996 et avril 97 est de 1.923 milliards. Ce très lourd accroissement des dépenses risque de faire plonger le pays dans un endettement interne trop lourd et donc peut-être à terme, de relancer gravement l’inflation. Le seul garde-fou étant actuellement les réserves de la Banque Centrale qui permettent du même coup de soutenir la monnaie, mais qui ne sont pas inépuisables. Cette question a toutefois trouvé un contrepoids partiel avec l’augmentation impressionnante des dépôts du secteur public qui sont passés de 1.990 milliards de L.L. en avril 96 à 4.118 en avril 97.
Autre point crucial de l’économie libanaise, le déficit budgétaire est créé par les dépenses courantes de l’Etat. Parmi ces dépenses, comptent les salaires. Les dernières revendications des militaires et du corps enseignant qui représentent à eux deux les trois-quarts de la masse salariale du secteur public ne risquent-elles pas de pousser à une crise socio-économique importante si le dialogue ne s’instaure pas rapidement entre les différents acteurs économiques concernés? Par ailleurs les dernières mesures fiscales ne sont pas, d’après les experts, aptes à combler un nouveau déficit créé par des augmentations de salaires rétroactives. (Ces rentrées ainsi créées seraient de l’ordre de 25 milliards contre au moins 600 nécessaires).
Compte tenu de ces dangers relativement immédiats, les efforts du secteur privé pour la réhabilitation du Liban et l’amélioration de la vie des Libanais sont encore productifs, mais seule la confiance des Libanais relancera réellement la consommation (sans risque majeur d’inflation). Ceci reste le moteur de toute économie de marché. L’intervention minimum de l’Etat dans les affaires du pays et donc la réduction tangible de ses frais est certainement la dernière pierre d’achoppement... ou la première par laquelle la croissance de l’économie du Liban et sa reconstruction passeront. Dans l’attente, n’est-il pas dommage de constater que la confiance en notre pays ne nous vient surtout que de l’étranger?
Gérard de HAUTEVILLE

