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Actualités - Chronologie

Six millions de paysans égyptiens menacés de perdre leurs terres

BENI SUEF (Egypte), 23 Juin (AFP). — La colère gronde chez les paysans égyptiens qui menacent de s’insurger si le gouvernement met en œuvre une réforme agraire risquant de les chasser de leurs terres.
«Le sang va couler», avertit Atef Abdel Halim, un paysan de 56 ans de Béni Suef (125 km au sud du Caire). «S’ils me chassent par la porte, je reviendrai par la fenêtre».
Dans cette bourgade qui vit de l’exploitation de petits lopins de maïs, blé ou coton, «les vols et les cambriolages vont se multiplier et les gens finiront par s’entre-tuer», prédit-il.
«C’est d’une révolution qu’est née la première réforme agraire, une deuxième éclatera si le gouvernement n’intervient pas», lance un responsable de la coopérative agricole locale, Abdallah Sayyed Goda. Il suggère que le gouvernement fixe les nouveaux loyers.
La révolution nassérienne de 1952 avait imposé aux propriétaires de louer leurs terres à bas prix, sans pouvoir augmenter les loyers ni changer de locataires.
Mais en 1992 une nouvelle loi leur a permis d’augmenter les loyers, immédiatement multipliés par 7 à 22 fois, et de les libéraliser entièrement au terme d’un délai de grâce de cinq ans, qui s’achève en octobre. Les propriétaires pourront alors récupérer leurs terres s’ils le souhaitent.
Rim Saad, une anthropologue à l’Université américaine du Caire, évoque «une bombe à retardement. Le sentiment général et justifié est que tout est possible».
Le ministre de l’Agriculture Youssef Wali a affirmé que la loi serait appliquée comme prévu «pour assurer la justice entre propriétaires et locataires».
Personne ne sera lésée, souligne son porte-parole Fathi Sahili: «Les loyers sont libres depuis 1992, et moins de 12% de la superficie agricole reste concerné. Si un fermier est affecté, le ministère examinera l’octroi de compensations ou d’une terre ailleurs».

Révolte

Mais pour l’opposition et les experts, environ six millions de personnes seront affectées, et à plus long terme des cultures traditionnelles pourraient disparaître au profit d’autres, plus rentables.
«Plus d’un million de feddans (un feddan= 0,42 ha) sont en jeu, les petits fermiers souffriront le plus», estime Chahinda Meqled, militante de gauche. François Ireton, expert au Centre français d’études juridiques et économiques (CEDEJ), craint «des révoltes» et souligne qu’«un tiers de la paysannerie est concerné par la location».
Abdel Fadil Mahmoud Salam, un paysan de 65 ans de Chabramant (30 km au sud-ouest du Caire), refuse d’abandonner un pouce de sa terre, avec laquelle il nourrit les 27 membres de sa famille, à un propriétaire «qui veut construire un parc de loisirs».
«Je ne vais pas renoncer à ma terre», lance-t-il. «C’est comme les Palestiniens, si le gouvernement veut la paix, nous devons garder la terre».
Selon l’opposition, neuf personnes ont été tuées et des dizaines blessées depuis janvier dans des conflits entre locataires et propriétaires, et la police a procédé à une centaine d’arrestations.
«Notre Coran affirme que celui qui meurt pour son pain est martyr», affirme Ezzat Chehata Lteif, 54 ans et père de neuf enfants. Il prie pour que le propriétaire augmente le loyer au lieu de le chasser.
«Je n’ai rien, hormis Dieu et cette terre», s’exclame Faouzia Osmane Moursi. «Si le loyer monte, je devrai vendre le peu que je possède pour nourrir mes enfants».
Côté propriétaires, Abdel Aziz Taha Moursi, 75 ans, indique qu’il envisage de doubler ses loyers (de 620 à 1.500 livres par feddan, soit 200 à 500 USD environ).
«Ça suffit, les fermiers ont profité de la terre depuis 45 ans, certains l’ont même vendue alors que le propriétaire ne pouvait en disposer», assure-t-il. «La loi est juste. Seuls ceux qui refuseront l’augmentation seront chassés».
BENI SUEF (Egypte), 23 Juin (AFP). — La colère gronde chez les paysans égyptiens qui menacent de s’insurger si le gouvernement met en œuvre une réforme agraire risquant de les chasser de leurs terres.«Le sang va couler», avertit Atef Abdel Halim, un paysan de 56 ans de Béni Suef (125 km au sud du Caire). «S’ils me chassent par la porte, je reviendrai par la fenêtre».Dans cette bourgade qui vit de l’exploitation de petits lopins de maïs, blé ou coton, «les vols et les cambriolages vont se multiplier et les gens finiront par s’entre-tuer», prédit-il.«C’est d’une révolution qu’est née la première réforme agraire, une deuxième éclatera si le gouvernement n’intervient pas», lance un responsable de la coopérative agricole locale, Abdallah Sayyed Goda. Il suggère que le gouvernement fixe les nouveaux...