«Le général Joseph W. Ralston a demandé que je retire son nom de la liste des candidats que j’envisage de recommander pour le poste de chef d’état-major interarmes, et c’est ce que j’ai fait», a déclaré William Cohen, qui avait reçu l’intéressé lundi matin.
Le général Ralston, bien que parfaitement qualifié pour ce poste selon M. Cohen, «pense qu’un affrontement prolongé en vue d’une confirmation au Sénat pourrait être dommageable à sa famille et détourner l’attention d’autres questions sérieuses relatives à la sécurité nationale», a-t-il ajouté.
Dans un bref communiqué, le général Ralston a affirmé pour sa part avoir pris sa décision « seul» mais avec «regret».
Âgé de 53 ans, le général Ralston a reconnu avoir eu une liaison il y a quatorze ans avec une employée de la CIA (services du renseignement) alors qu’il était séparé de son épouse, avant finalement de divorcer. L’adultère est considéré comme un délit par la justice militaire aux Etats-Unis.
La candidature du général Ralston, actuellement numéro deux des forces armées, avait provoqué une vive polémique aux Etats-Unis après le soutien que lui avait publiquement apporté le secrétaire à la Défense. M. Cohen avait estimé que sa conduite n’avait pas «été préjudiciable au bon ordre et à la discipline» et qu’elle «n’avait pas discrédité les forces armées».
Ce soutien avait suscité de vives critiques, beaucoup y voyant un traitement de faveur au milieu des nombreux scandales à caractère sexuel qui ont récemment éclaté au sein de l’armée. Cette affaire intervient notamment alors que la première femme pilote de bombardier B-52, le lieutenant Kelly Flinn, 26 ans, mise en cause pour adultère, vient d’être contrainte de donner sa démission pour échapper à la cour martiale.
Le général Ralston, fort d’une carrière de 32 ans dont 147 missions de combat au Laos et au Vietnam et une série de postes de commandement, était pourtant le candidat privilégié de William Cohen.
Son retrait annoncé relance les spéculations sur le successeur au poste de Shalikashvili, qui a indiqué qu’il ne souhaitait pas aller au-delà de sa retraite officielle, en septembre.
Parmi les noms cités: le général de l’armée de terre Wesley Clark, déjà nommé à la tête du commandement suprême de l’OTAN, le général George Joulwan, l’actuel commandant suprême des forces de l’OTAN, qui doit prendre sa retraite en août, l’amiral T. Joseph Lopez, chef du commandement Sud de l’OTAN, ou encore le général des Marines Charles Krulak.
Malgré la polémique soulevée par l’affaire Ralston, les candidats à l’avenir ne devraient pas faire l’objet d’une telle «inquisition», un consensus semblant s’être forgé pour estimer que ces scandales sur le comportement sexuel dans l’armée sont allés trop loin.
M. Cohen a ainsi pris samedi une série d’initiatives pour apaiser la controverse sur le règlement militaire réprimant l’adultère dans l’armée et sur le harcèlement sexuel qui règne dans les centres d’instruction .

