Le prestige de l’adversaire, encore plus qu’une volonté de revanche après la dernière finale de Coupe du monde, avait régénéré la «Squadra azzurra», refondée pour moitié après l’échec (2-0) contre l’Angleterre.
Distancés deux fois (2-0, puis 3-1), les Brésiliens ont puisé dans leur orgueil et la classe de leurs individualités pour revenir dans les vingt dernières minutes.
Cesare Maldini avait bien interprété le scénario tactique, en débutant dans un schéma 4-4-2 qui permettait à son équipe de tenir haut le ballon et de couper les ailes des latéraux Cafu et Roberto Carlos. Le chauve Attilio Lombardo, dit «Popeye» et, sur la gauche, Dino Baggio, qui contrôlait les envolées du jeune Denilson, donnaient ainsi de l’air à Roberto Di Matteo et Demetrio Albertini.
Et comme le duo d’attaque de la Juventus, Christian Vieri — Alessandro Del Piero, «pain et fantaisie» version calcio, se trouvait les yeux fermés (voir le premier but), l’Italie a logiquement pris les devants (2-0) dans la demi-heure initiale.
Les risques d’un système
Mais, et c’est le danger face au Brésil, si l’individuelle stricte constitua pendant une heure une rampe de lancement idéale pour les contre-attaques italiennes, ce système exalta à la fin les qualités individuelles des «jaune et vert», en version plus rythmée avec l’entrée de Flavio Conceiçao à la place de Mauro Silva. «Je n’ai pas à m’expliquer sur ce choix», déclara Maldini aux journalistes italiens.
«Denilson a été plus virulent en seconde période (après la sortie de Dino Baggio, touché à la cuisse droite), et sur la fin nos limites physiques étaient flagrantes», soulignait Di Matteo.
Aux côtés de l’Italien de Chelsea, Romario affichait son mécontentement, malgré son but égalisateur et ses crochets courts retrouvés. «Le Brésil est supérieur à la France et à l’Italie. Mais ce soir encore, nous avons raté trop de passes». Ronaldo, lui, eut un avant-goût de ce qui l’attend dans le championnat d’Italie, avec Fabio Cannavaro qui le marqua de près mais ne put éteindre complètement ses éclairs de génie.
A l’issue d’un tel feu d’artifice, les deux sélectionneurs étaient ravis. Mario Zagalo, insistant sur «la qualité de l’adversaire», se félicitait de la réaction de son équipe, «qui a aussi tiré sur un poteau (Ronaldo) et sur la transversale (Roberto Carlos)».
Avec une pléiade d’artistes et son arme absolue, Zagalo sait que son équipe «marquera toujours». Tant pis si cette frénésie offensive se répercute sur l’équilibre de l’ensemble: «Défensivement, ce sont des risques calculés».
Culturellement, il est logique que Maldini soit préoccupé par les fautes d’inattention de son arrière-garde. Car il n’a pas de souci à se faire pour les attaquants. La difficulté viendrait presque de l’abondance. Comme l’a démontré le dernier appelé, Filippo Inzaghi.

