Dans ce territoire de 6,3 millions d’habitants, plus de 20 quotidiens sont publiés chaque jour, dont deux en anglais, et toute la gamme des positions éditoriales s’y étale, du libéralisme occidental à l’orthodoxie pro-chinoise. Cette vitalité et cette diversité de la presse sont rares dans une région du monde où le «quatrième pouvoir» est encore souvent tenu en lisière.
Mais les initiés considèrent que les couleurs de la liberté ont pâli à l’approche d’un retour sous la souveraineté de la Chine communiste, où la presse a le choix d’être officielle ou de ne pas être.
La Chine a composé une «liste noire» de journalistes «hostiles» et se tient prête à «isoler et punir les médias qu’elle considère comme des ennemis», affirmaient l’Association des journalistes de Hong-Kong et l’organisation humanitaire londonienne Article 19 dans un rapport publié en juin 1996.
L’effet de ce «climat de peur» est la montée de l’autocensure, ajoutait ce document. Et une enquête d’opinion récente révèle que la moitié des journalistes interrogés constatent une autocensure endémique lorsque la Chine est en cause.
«La tonalité éditoriale est devenue moins provocante ou... évite soigneusement toute controverse politique», remarque Lee Chin-Yuan, professeur de journalisme à l’Université chinoise.
En théorie, ce phénomène n’est pas justifié. La liberté de la presse est inscrite noir sur blanc dans la loi fondamentale qui servira de constitution à Hong- Kong après le 1er juillet.
Mais certains journalistes confient que des éditeurs et directeurs de journaux ont tendance, depuis déjà deux ans, à couvrir un peu moins la dissidence en Chine ou le mouvement démocratique à Hong -Kong.
Le message est venu de Pékin sous la forme de l’arrestation de Xi Yang, journaliste né en Chine qui couvrait l’actualité économique et financière pour un quotidien de Hong -Kong. Il a été répété en octobre dernier lorsque le ministre chinois des Affaires étrangères Qian Qichen a averti que Pékin ne tolérerait pas les «attaques personnelles» contre ses dirigeants.
Elue indépendante au Conseil législatif et ancienne journaliste, Emily Lau reconnaît que le reportage sans concession n’est pas le point fort de la presse locale.
Des pincettes
«Il est parfaitement exact que les médias de Hong-Kong n’ont pas la réputation de frapper fort et d’approfondir les dossiers et qu’ils ont toujours traité avec des pincettes les travers ou les méfaits des riches et des puissants», dit-elle.
Selon Mak Yin-Ting, présidente de l’Association des journalistes, les éditeurs prennent soin de ne pas déplaire à la Chine.
«Ils ne veulent sans doute pas mettre en péril leurs projets concernant l’énorme marché chinois et sont certainement surveillés par leurs actionnaires», dit-elle. Du reste «les annonceurs favorables à Pékin ont un moyen bien simple de punir les publications qui sortent du rang, porter ailleurs leurs budgets publicitaires».
La presse de Hong-Kong est mal préparée à faire face à ces pressions. Sur le terrain, aux côtés de correspondants étrangers généralement chevronnés, la presse locale est représentée par ceux qu’un commentateur a baptisé les «enfants du bloc-note». Frais émoulus des écoles de journalisme, ils sont au bas de l’échelle hiérarchique et pas équipés pour affronter les pouvoirs en place économiques ou politiques.
Ils sont souvent très mal payés et leur carrière dans le journalisme ne sera qu’une brève étape vers l’activité autrement plus lucrative de chargé de relations publiques.

