Si des partis ont continué à mettre en cause la régularité du vote, ils semblaient réduits à n’avoir d’autre tactique que de s’en remettre au Conseil constitutionnel, et aucun n’a indiqué qu’il refuserait de siéger.
La porte-parole du Parti des travailleurs (PT extrême-gauche), Louisa Hanoune, a ainsi dénoncé lors d’une conférence de presse une «fraude massive».
Mais elle a indiqué qu’elle participerait à la première Assemblée pluraliste sans «être une caution » pour «défendre d’abord la cause de la paix et obtenir l’abrogation des lois antinationales et antisociales», en référence au programme économique mené avec le FMI.
Le chef de la mission de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), l’ancien chef d’Etat malien Amadou Toumani Touré, a lu une déclaration finale en sept points concluant que le vote s’était déroulé dans «la transparence».
Ce scrutin constitue une «étape importante dans la consolidation de la démocratie», selon la déclaration de l’OUA.
Lors d’une conférence de presse, le général Toumani Touré a toutefois mis en exergue les limitations de la mission des 70 observateurs, dont six membres venus d’Afrique du Sud. «Il faut être réaliste. En Algérie il y avait 37.586 bureaux de vote et je crois que malgré toute notre bonne volonté, nous avons des limites».
Le constat de la mission de la Ligue arabe a été sensiblement identique. «Tout a été correct», d’après les observations des 60 membres de la mission, a expliqué son chef, Saïd Kamel, secrétaire général adjoint de la Ligue arabe.
Il a indiqué avoir enregistré, comme l’OUA, les réserves de plusieurs partis concernant des irrégularités.
Les résultats donnant une large avance au Rassemblement national démocratique (RND) avec 155 sièges sur les 380 de l’Assemblée ont été dénoncés par l’ensemble des partis, y compris le Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique), arrivé à une inespérée troisième place.
Le Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas), deuxième avec 69 sièges, le Front des forces socialistes (FFS), le PT et le parti islamiste Ennahda se sont réunis à leur tour pour dénoncer les «graves dépassements» du scrutin.
Résultats «surréalistes
et macabres»
Ces partis ont notamment mis en cause dans un communiqué le nombre élevé de bureaux itinérants, représentant 14 du total, le «parti pris flagrant de l’administration» et l’expulsion d’observateurs des partis lors du dépouillement.
Le chef du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) Saïd Sadi avait notamment affirmé que son parti avait été spolié de la victoire à Alger.
De Suède, où il participe au congrès des socialistes européens, le chef du FFS Hocine Aït Ahmed a dénoncé les «résultats surréalistes et macabres» des élections «truquées». Mais il a indiqué que son parti «allait participer» et n’allait «pas jouer le jeu du pouvoir qui essaie de nous pousser dans la clandestinité et l’illégalité».
Le FFS avait menacé de faire descendre ses militants dans la rue en cas de «fraude».
Pour l’heure, la seule voie pour ces partis contestataires est le Conseil constitutionnel, qui doit examiner dans les prochains jours les nombreux recours déposés, avant de proclamer les résultats définitifs.
Les partis et les chancelleries occidentales attendaient aussi avec impatience de savoir si les conclusions de la mission de l’ONU - qui a coordonné le travail de plus de 100 observateurs de 30 pays - allaient rejoindre celles de l’OUA et de la Ligue arabe.
Les pays occidentaux ont réagi avec prudence jusqu’à présent, dans l’attente de ces conclusions.
L’instance exécutive du Front islamique du salut (FIS-dissous) à l’étranger a contesté la «vérité des chiffres» aussi bien de la «participation que de la répartition des sièges». Elle s’est félicitée de l’abstention élevée, signe selon elle, que son appel au boycott a été suivi.
La participation a atteint 65,49%, en baisse de dix points par rapport à la présidentielle de novembre 1995.

