La singularité de l’événement, qui sera relayé par les télévisions du monde entier, a été soulignée par Martin Lee, président du Parti démocrate, première formation politique du territoire sous le régime colonial finissant.
«Partout dans le monde, la démocratie progresse, mais à Hong Kong, nous faisons marche arrière. Une société libre est abandonnée à un régime antidémocratique», a répété M. Lee pour encourager les puissances démocratiques à exiger de Pékin le respect de la parole donnée.
Le retour de Hong Kong sous souveraineté chinoise est à la fois irréversible et conditionnel, une autre étrangeté dans cette affaire singulière.
En signant en 1984 la Déclaration commune sino-britannique planifiant la rétrocession au 1er juillet 1977, la Chine s’est engagée à maintenir dans le territoire, pour les 50 prochaines années, le système capitaliste, un style de vie propre, une évolution démocratique et à garantir «un haut degré d’autonomie» en vertu duquel «Hong Kong sera gouverné par les gens de Hong Kong».
Parce qu’il s’agit de Hong Kong, «une des grandes cités de ce monde» comme aime à dire Chris Patten, le dernier gouverneur britannique; parce qu’il s’agit de la Chine, promise à devenir une superpuissance au 21e siècle; parce qu’il s’agit de l’Asie, le plus ancien des mondes saisi par la fièvre de la croissance, l’attention ne s’éteindra pas avec les lampions de la fête à l’aube du 1er juillet.
Un îlot d’intégrité
Beaucoup dépendra de la bonne volonté de la Chine, surtout sa capacité à comprendre ce qui fait Hong Kong: une ville chinoise et cosmopolite, une économie ouverte sur le monde, flexible et résistante, une société où règnent la loi et l’ordre mais aussi la liberté d’expression et de manifestation, un îlot d’intégrité dans un continent où la corruption est endémique.
La crainte, notamment dans les milieux d’affaires, est que la Chine se comporte à Hong Kong comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, rompant l’équilibre du territoire par maladresse plus que par volonté de nuire.
La volonté de Pékin d’annuler les réformes démocratiques du régime colonial mises en œuvre par M. Patten sans son assentiment a déjà abouti à faire dérailler le «train de la transition». Le remplacement d’une assemblée législative élue démocratiquement en 1995 par une assemblée désignée par la Chine, la modification dans un sens restrictif des lois sur les libertés civiles, ont provoqué un malaise dans le territoire et suscité la réprobation à l’extérieur.
La Chine se veut rassurante. «Au cours des 30 dernières années, nous aurions pu ruiner Hong Kong si nous l’avions voulu», a dit récemment M. Jiang Zeming, le patron de la Chine depuis la disparition récente de Deng Xiaoping, le «dirigeant suprême» qui réinventa pour Hong Kong la formule «un pays, deux systèmes». «Si nous ne l’avons pas fait quand Hong Kong était une colonie britannique, pourquoi le ferions-nous après son retour à la mère-patriee?» a demandé M. Jiang.
La fin d’une humiliation
Vu de Pékin, le retour de Hong Kong marque l’effacement d’un chapitre infamant de l’histoire du pays. La «guerre de l’opium» qui permit aux Britanniques de faire main basse sur Hong Kong en 1841 marquait la première d’une longue série d’humiliations infligées à l’Empire du milieu par les puissances occidentales et le Japon.
C’est pourquoi la Chine veut prouver que Hong Kong se portera aussi bien, même mieux, comme Région administrative spéciale que comme colonie britannique.
«Si Hong Kong, après son retour à la Chine, devenait une ville triste, assaillie par les problèmes, ce n’est pas ce que nous aurions voulu», selon Chen Ziying, numéro deux du bureau des affaires de Hong Kong et Macao dans le gouvernement chinois.
Et de rappeler que la solution positive de la question de Hong Kong aurait un impact direct sur celle de Taiwan, en fournissant «un modèle pour la réunification complète du pays».


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine