«Nos forces armées ont subi un revers», annonçait Nasser le 9 juin 1967, quatre jours après la destruction au sol de 80% de son aviation par les chasseurs bombardiers israéliens.
«Trente ans sont passés. Nous avions maquillé notre défaite en revers», reconnaissait le magazine «Rose al-Youssef».
De longs articles sont consacrés au trentième anniversaire de la guerre des six jours dans la presse égyptienne qui l’aborde avec plus de réalisme et moins d’amertume qu’auparavant.
«Le monde arabe a eu trop de désillusions dans le passé et même aujourd’hui pour continuer à cacher la vérité. Nous avons réalisé qu’il valait mieux affronter cette vérité plutôt que de nous enfouir la tête dans le sable», estime le journaliste d’«al-Ahram», Mohamed Sid Ahmed.
A la veille de cette guerre, les responsables arabes multipliaient les déclarations sur la «suprématie de forces arabes» qui écraseraient «l’ennemi sioniste» en cas de conflit, contribuant à rendre la pilule plus amère à avaler.
Encore aujourd’hui, les larmes viennent aux yeux des Egyptiens quand ils voient la scène du film «Al-Asfour» (le moineau) de Youssef Chahine montrant le peuple incrédule apprenant de la bouche de Nasser le «revers».
Cependant, officiellement on continue toujours à laver l’ancien président de l’échec dont la responsabilité retombe sur son vice-président et commandant en chef de l’armée, le maréchal Abdel Hakim Amer, qui s’est suicidé en septembre 1967.
«Le 2 juin 1967, Nasser a réuni les hauts responsables du pays, notamment le maréchal Amer, et leur a dit clairement que l’ennemi mènerait une attaque aérienne le 5 juin», a affirmé le général Mohammed Faouzi, chef d’état-major durant la guerre et qui remplaça le maréchal Amer à la tête de l’armée et fut ministre de la Guerre de 1967 à 1970.
«Pas convaincu, le maréchal Amer n’a pas jugé bon d’en avertir l’armée», ajoute-t-il. «Cette négligence facilita la tâche de l’ennemi qui prît l’Egypte par surprise, et le maréchal qui se rendait dans le Sinaï pour une visite d’inspection vit de ses propres yeux la destruction de 80% de son aviation», ajoute-t-il.
M. Sid Ahmed affirme également que la faute est due au «pouvoir absolu au sein de l’armée d’Amer».
Pour le général Faouzi, «la guerre de 1967 est finie mais pas le conflit israélo-arabe». «Cette guerre a encore des répercussions aujourd’hui», souligne Sid Ahmed, faisant allusion aux difficultés du processus de paix.
Bien que l’Egypte ait été le premier pays arabe à signer un traité de paix avec Israël en 1979 et à avoir repris la totalité de ses territoires occupés en 1967, l’hostilité envers l’Etat hébreu demeure.
Un sondage publié fin 94 par l’hebdomadaire anglophone «al-Ahram Weekly» montrait que 71% des Egyptiens refusaient alors d’acheter des produits israéliens, que 75% étaient contre l’implantation d’entreprises israéliennes en Egypte et que 53% voyaient d’un mauvais œil la visite d’Israéliens dans leur pays.

