«En dissolvant l’Assemblée nationale et en convoquant des élections législatives anticipées, Chirac a agi en fossoyeur de la majorité de droite», estime les «Izvestia», qui note qu’avec six changements de pouvoir en seize ans, la France «détient la palme de l’instabilité politique».
«Jacques Chirac était sûr de la victoire des ‘siens’. Laissons-lui le soin de déterminer à qui doit être imputée cette erreur de calcul», écrit le quotidien libéral «Sovodnia».
«Si le premier tour a vu la défaite du gouvernement d’Alain Juppé, le second tour — et les élections dans leur ensemble — ont été une défaite pour le président», souligne pour sa part le quotidien d’opposition modérée «Nezavissimaïa Gazeta», qui estime qu’en annonçant sa démission entre les deux tours, le premier ministre a obligé les Français «à choisir entre le programme des socialistes et le programme de Chirac».
Comme de juste, la presse communiste russe n’est pas en reste.
Tout en se félicitant de voir le PCF, crédité de 38 sièges de députés, «consolider ses positions sur la scène politique», la «Sovietskaïa Rossiia» s’en prend au style «hautain» du chef de l’Etat et de ses collaborateurs.
Relations bilatérales
«Les résultats du second tour ont été une défaite cuisante, non seulement pour les réactionnaires de tout poil des autres pays, mais aussi — et peut-être plus encore — pour les parents spirituels de Chirac et Juppé au Kremlin», ajoute le quotidien communiste qui — nécessité politique interne oblige — voit en Claude Chirac l’alter ego français de Tatiana Diatchenko, la fille de Boris Eltsine. Cette dernière est soupçonnée par l’opposition d’être l’une des instigatrices occultes de la politique du Kremlin.
Seules les «Izvestia» s’intéressent aux conséquences que pourrait avoir l’issue du scrutin sur les relations entre Moscou et Paris.
Le ministère russe des Affaires étrangères a fait savoir lundi qu’il attendait du nouvel occupant de Matignon qu’il respecte la politique de «collaboration» inaugurée par Alain Juppé. Ce faisant, les diplomates de la place de Smolensk ont pris soin de souligner qu’ils voyaient en Jacques Chirac le meilleur garant des relations d’«amitié» franco-russes.
«L’expérience prouve qu’il a toujours été plus facile à Moscou, y compris à l’époque soviétique, de trouver un terrain d’entente avec la droite — surtout gaulliste — qu’avec la gauche», écrit le correspondant des «Izvestia» à Paris.
«Aussi me risquerai-je à dire que l’arrivée au pouvoir de l’alliance ‘rose-rouge-verte’ (en France) va, une fois encore, placer le Kremlin devant un certain nombre d’épineux problèmes», ajoute Iouri Kovalenko.


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