A l’occasion de ces élections législatives, le parti de Jean-Marie Le Pen avait choisi de peser de tout son poids sur la coalition sortante RPR-UDF (gaullistes-droite libérale), au risque calculé de permettre la victoire de la gauche.
Estimant que cette consultation a «sonné le glas» du RPR et de l’UDF, M. Le Pen a souhaité un «regroupement des forces saines» de la population, dans la perspective des prochaines élections.
Affirmant que «le RPR et l’UDF arrivent en fin de course historique», son bras droit Bruno Mégret a lancé un appel à leurs partisans, visant à «se retrouver autour d’un rassemblement nouveau (…) sur la base de ce que le Front national a déjà construit».
«La droite n’a pas été la droite, ce qui explique en partie la montée du Front national et la désaffection de nos électeurs», a pour sa part commenté le député gaulliste Nicolas Sarkozy.
Le FN est aujourd’hui «incontournable», martèle M. Le Pen. «Il n’a jamais dit qu’il (gouvernerait) seul, mais il est l’élément moteur de la renaissance française. Tout est en train de se mettre en place pour un avenir de changement véritable dont il sera le pivot», selon lui.
Compte tenu du mode de scrutin, et de son incapacité à s’allier avec d’autres partis, le FN n’a obtenu dimanche qu’un siège de député, Jean-Marie Le Chevallier, à Toulon (sud-est), contre 35 de 1986 à 1988 (alors élus à la proportionnelle).
Pouvoir de nuisance
Mais au premier tour, le 25 mai, il est devenu avec 14,94% des suffrages exprimés le troisième parti du pays, derrière les socialistes et distancé de peu par le RPR. Il a devancé pour la première fois l’UDF.
Pour le deuxième tour décisif, il avait choisi de maintenir ses candidats partout où il le pouvait, et n’avait apporté son soutien qu’à une dizaine de candidats de droite jugés proches de ses idées.
Le FN voulait avant tout faire sentir à cette occasion son «pouvoir de nuisance», comme une forte menace sur les forces de la droite «classique» si celle-ci persiste à refuser toute alliance avec lui.
Il avait appelé à faire battre 14 personnalités de droite, contre seulement 3 de gauche.
Avant le premier tour, le leader d’extrême-droite n’avait pas caché sa préférence d’une «Assemblée de gauche à une Assemblée de droite». Cette «stratégie du pire» repose d’abord sur le fait qu’à près de 69 ans, il espère encore participer à une présidentielle anticipée, si Jacques Chirac — élu pour sept ans en 1995 — n’achevait pas son mandat.

