«La jeunesse de l’entre-deux-siècles veut offrir son amour et sa jeune force pour le bien de la société», annonce dans son introduction un manifeste des «jeunes volontaires» de l’Université du Peuple.
Ces «volontaires» se proposent de porter assistance aux handicapés et aux personnes dépendantes, de lutter contre la déscolarisation des enfants déshérités, et d’aider les autorités de leur quartier à déceler les problèmes sociaux.
Une initiative similaire a vu le jour à l’Université de Pékin (Beida), berceau de la contestation en 1989, où s’est constituée une «Société de la générosité».
A l’Université du Peuple, le «Quartier général des volontaires» regroupe un millier de «militants». Cette organisation créée en avril a déjà signé divers contrats, notamment avec une école pour handicapés et une école pour mal-entendants.
Les vacances d’été seront pour ces jeunes dévoués une occasion de porter leur générosité jusque dans des régions reculées comme les hauts-plateaux du Yunnan (sud-ouest) et du Guangxi (sud), et de développer de nouveaux programmes de rescolarisation des enfants.
Si ce militantisme social se revendique «apolitique», l’initiative est toutefois bien venue du haut.
Dès le début des années 1990, la Ligue des jeunesses communistes, fortement vilipendée lors du mouvement de 1989, avait repris l’initiative pour tenter de capter les énergies juvéniles.
Elle lança alors deux programmes jumeaux «pour la jeunesse de l’entre-deux-siècles» à partir desquels se sont esquissés les premiers mouvements des jeunes volontaires.
Beaucoup de ces étudiants n’avaient que 13-14 ans en 1989, comme Chun Yin, un des «volontaires» de l’Université du Peuple.
Chun, qui a reçu à l’époque, dans sa Mandchourie natale, une vision édulcorée des événements de Tiananmen, est convaincu qu’il n’y a pas eu de massacre la nuit du 3 au 4 juin, celle de l’intervention de l’armée contre les étudiants insurgés depuis près de deux mois.
«En Chine, ce n’est pas possible», affirme-t-il, avec une insistance qui dénote avant tout une volonté de se convaincre lui-même.
Reste cependant chez ces étudiants une peur diffuse, qui alimente leur refus déclaré du politique.
A cette peur s’ajoute l’ampleur des contradictions auxquelles ils doivent faire face au seuil de l’âge adulte.
Les étudiants de la génération de Chun Yin, qui ont tous été éduqués dans le credo marxiste, doivent à présent s’intégrer dans une société qui ne parie plus que sur les valeurs de l’argent.
Le désarroi est particulièrement palpable chez les étudiants en humanité, conscients que leurs diplômes ne sont plus monnayables sur un marché voué au culte de la marchandise.
«Aider la communauté, servir la conscience sociale et établir notre place dans la société», propose ainsi le manifeste de l’Université du Peuple.
«Il est vrai que l’esprit de solidarité n’est plus très en vogue parmi les plus jeunes», reconnaît Chun Yin, étudiant en sociologie, qui reste pourtant convaincu que l’action de ses amis s’inscrira dans la durée.
Sur sa trousse sont d’ailleurs gravées ces paroles d’un héros révolutionnaire des années 1940, Chen Jue: «Nous voulons aider les enfants, les pères et mères du peuple chinois, et nous dévouer corps et âme à cette œuvre. Et bien qu’il nous faille mourir, notre œuvre survivra à notre mort car d’autres prendront notre relève, et nous mourrons sans regret».
Des paroles que n’auraient pas renié les étudiants de Tiananmen, qui portaient sur le front des bandeaux avec la consigne «la démocratie ou la mort».
Selon Chun Yin, «la révolution est une tradition des étudiants chinois». Mais pour lui, «la révolution, ce n’est pas prendre le pouvoir, c’est aider le peuple».

