Deborah Parry, 41 ans, et Lucille McLaughlan, 31 ans, sont accusées d’avoir assassiné leur collègue australienne Yvonne Gilford, 55 ans, le 11 décembre 1996 à l’hôpital de Dhahran, près de Khobar.
Le frère d’Yvonne Gilford, Frank, a annoncé que la famille refusait d’accorder son pardon aux deux femmes, ce qui signifie qu’elles seront décapitées si elles sont reconnues coupables, conformément à la charia (loi islamique) en vigueur en Arabie Séoudite.
Depuis son domicile de Jamestown, dans le sud de l’Australie, M. Gilford s’est déclaré certain que les deux Britanniques avaient commis le crime et a affirmé qu’il ne changerait pas d’opinion, précisant que sa décision était fondée «sur le crime atroce, la manière dont elle a été tuée».
Des dizaines de personnes — des ressortissants séoudiens et d’autres pays arabes, des Africains et des Asiatiques — sont décapitées chaque année en Arabie Séoudite pour, notamment, trafic de drogue, meurtre ou viol. Contrairement aux hommes, les femmes ne sont pas exécutées en public.
«Nous n’avons pas entendu parler d’un Occidental exécuté en Arabie Séoudite, du moins pas depuis la dernière guerre», a indiqué un diplomate européen dans la région, qui faisait allusion à la Deuxième Guerre mondiale.
Le cabinet de l’avocat séoudien des deux Britanniques a cependant indiqué qu’il restait encore plus de deux semaines pour convaincre la famille Gilford de changer d’avis avant la reprise du procès, le 15 juin, devant le tribunal islamique de Khobar, près de Dhahran.
Au cours de la dernière audience, dimanche, les deux Britanniques, qui travaillaient comme infirmières à l’hôpital militaire du roi Fahd avec la victime, étaient revenues sur leurs aveux.
Elles avaient affirmé que la police séoudienne leur avait arraché des aveux sous la contrainte et en contrepartie d’une promesse de pouvoir quitter le royaume.
Le président du tribunal de Khobar, cheikh Saleh Lheidan, avait décidé de fixer la prochaine séance au 15 juin pour donner une chance à un règlement négocié conformément à la «charia».
Selon la loi islamique, la famille de la victime peut réclamer la peine capitale ou accorder son pardon en contrepartie d’une compensation dite «diya», qui signifie le «droit du sang».
Interrogé à Ryad depuis les Emirats arabes unis, un avocat du cabinet de Me Salah Houjailan, défenseur des deux infirmières, a indiqué que ce dernier préparait actuellement une démarche auprès de la famille Gilford.
De source judiciaire, on estime que Ryad souhaite éviter l’exécution des deux Britanniques. Un avocat et un agent consulaire britanniques ont ainsi été autorisés pour la première fois à assister aux audiences du tribunal islamique, alors qu’habituellement les avocats sont autorisés à assister leur client avant le procès mais pas dans l’enceinte du tribunal.
Les autorités séoudiennes veulent éviter d’avoir à imposer leur loi dans une affaire qui concerne uniquement des Occidentaux, a-t-on estimé de même source.
Les deux Britanniques risquent la peine capitale si elles sont reconnues coupables de meurtre avec préméditation. Si l’intention de tuer n’est pas prouvée, elles risquent un maximum de cinq ans de prison et le paiement de compensations à la famille Gilford.


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