C’est dans cette perspective que s’est ouvert dans la capitale économique marocaine un forum baptisé «Partenariat Casablanca 97», regroupant environ 250 industriels de la pêche originaires de 11 pays de l’Union européenne et des entreprises marocaines.
Ce forum, organisé par la Fédération des Chambres de commerce de l’Union européenne au Maroc, a été ouvert par Emma Bonino, commissaire européen notamment chargé du dossier de la pêche.
Selon ses organisateurs, cette rencontre ne devrait pas déboucher sur la signature immédiate d’accords de joint-ventures euro-marocains, mais permettre aux uns et aux autres de faire connaissance et de préparer «l’après-accord», même si Mme Bonino a vigoureusement plaidé lundi en faveur de son renouvellement en 1999.
Concrètement, le Maroc semble regretter aujourd’hui d’avoir fait la part trop belle aux pêcheurs européens, et notamment espagnols, dans l’espoir d’une plus grande ouverture de l’Europe — qui selon lui n’a guère eu lieu — à ses produits agricoles.
L’Office National des Pêches (ONP) marocain s’inquiète en outre de voir ses stocks diminuer, à la suite notamment de pêches illégales et de captures de plus en plus importantes de poissons n’ayant pas atteint l’âge de la reproduction. D’où sa décision unilatérale, à la fin de l’année dernière, de faire passer de deux à quatre mois la durée du «repos biologique» pour les céphalopodes, malgré les vives protestations des pêcheurs andalous.
Parallèlement, le Maroc a récemment arrêté un plan d’investissement de 3,6 milliards de FF (environ 0,63 milliard de dollars) sur 5 ans, dont près de la moitié sera affectée au développement et à la modernisation de ses infrastructures portuaires.
Selon le ministère marocain des Pêches, les ressources de la mer représentent pour le Maroc 400.000 emplois directs et indirects pour une production halieutique d’environ 1 million de tonnes par an, alors que ces chiffres devraient être plus élevés.
Les exportations elles-mêmes, avec environ 900 millions de dollars en 1996, ont représenté près de 60% des produits alimentaires et 16% des exportations globales du pays. Le Maroc a comme plus gros client le Japon (41% des exportations), grand consommateur de céphalopodes, de crevettes et de thon rouge, le reste de la production étant essentiellement exporté vers les pays de l’Union européenne dont l’Espagne (20%) et l’Italie (10%), les exportations vers la France ne représentant que 4% du total.
Selon les organisateurs du forum de Casablanca, une centaine de projets de partenariats euro-marocains auraient déjà été identifiés, notamment dans les domaines de la congélation, des plats cuisinés, de l’aquaculture, du fumage et séchage, de la conserverie, des farines de poisson, du traitement des algues, des chantiers navals et des équipements et engins de pêche.
Ce sont ces perspectives, indique-t-on, qui ont fait récemment dire à Mme Bonino que l’Union européenne et le Maroc étaient «condamnés à vivre ensemble», tout en soulignant que les Européens devaient comprendre «qu’ils n’avaient aucun droit sur les zones de pêche (1 million de km2) marocaines».
Même si Maroc refuse de signer un nouvel accord avec l’Union européenne, estimait-on lundi à Casablanca, il n’aura d’autre solution que de signer un accord avec l’Espagne, tant les pêcheurs andalous ont besoin des eaux marocaines pour survivre, même après leur restructuration en cours.
Mais Rabat, ajoute-t-on, sera dans ce cas en position de force, ce qui n’était pas le cas face à l’Union européenne en 1995.

