L’Arabie Séoudite, qui se veut le chef de file des pays musulmans, est devenue lundi le deuxième pays à reconnaître le gouvernement des Taliban, après le Pakistan.
Le gouvernement séoudien a souhaité aux Taliban «de réussir à rétablir l’ordre, la sécurité, la paix et la stabilité dans l’Afghanistan frère», et espéré «un renforcement des relations» bilatérales.
Dans une déclaration publiée par le quotidien séoudien Okaz, le chef des Taliban, le mollah Mohammed Omar, a affirmé que les pays musulmans reconnaîtraient «bientôt» son gouvernement.
«Nous représentons une réalité sur le terrain et nul ne peut nous ignorer», a ajouté le dirigeant fondamentaliste dans un entretien téléphonique avec le journal. Les Taliban contrôlent désormais près de 90% du pays, après la prise de Mazar-i-Charif (nord).
«Beaucoup de pays musulmans devraient suivre l’initiative séoudienne et reconnaître à leur tour le gouvernement des Taliban, ce qui lui donnerait un appui politique au sein des instances internationales et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI)», a estimé un diplomate d’un pays musulman à Ryad.
Le siège de l’Afghanistan à l’OCI est vacant depuis que les Taliban ont pris le contrôle de Kaboul en septembre dernier.
Appui «illimité»
Dans un commentaire, le quotidien «al-Madina», reflétant comme l’ensemble de la presse séoudienne le point de vue officiel, estime que «la reconnaissance par l’Arabie Séoudite du gouvernement des Taliban illustre l’appui illimité du royaume à la cause afghane».
Il ajoute que Ryad «appuie les aspirations légitimes du peuple afghan et tient à ce que l’Afghanistan réintègre la communauté internationale», soulignant que «le nouveau gouvernement doit à cet effet déployer des efforts pour obtenir l’appui et le respect de la communauté internationale».
Les opposants aux Taliban affirment que le Pakistan et l’Arabie Séoudite soutiennent cette milice fondamentaliste, ce que ces deux pays n’ont jamais confirmé.
Le Pakistan, qui a reconnu dimanche le régime des Taliban, n’a jamais dissimulé sa sympathie pour ces «étudiants en religion». Islamabad a cependant toujours démenti leur avoir fourni un large soutien logistique et financier.
Une délégation de responsables des Taliban s’était rendue à La Mecque en pèlerinage en avril, et la milice fondamentaliste avait annoncé à son retour à Kaboul avoir obtenu le soutien de l’Arabie Séoudite, après un entretien avec le roi Fahd.
Ryad n’avait pas commenté cette annonce, mais à la fin du pèlerinage le roi Fahd avait appelé les chefs de guerre en Afghanistan à cesser les combats et à épargner à la population les affres de la guerre civile.
Le royaume séoudien, qui abrite les deux premiers lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine, cherche depuis plusieurs années à réconcilier les factions rivales en Afghanistan.
En 1995, Ryad et Islamabad s’étaient mis d’accord sur un plan d’action prévoyant notamment la mise en place à Kaboul d’une direction collégiale élargie, représentant notamment les camps du président de l’époque Burhanuddin Rabbani, des Taliban, du chef militaire ouzbek Abdul Rashid Dostam, de l’ex-premier ministre Gulbuddin Hekmatyar, de l’ex-président Sibgatullah Modjaddedi et du groupe chiite Hezb-i-Wahdat. Ce plan n’avait toutefois eu aucun écho sur le terrain.


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