John Howard a fait ses déclarations surprise avant que son gouvernement ne rende public un rapport de 700 pages de la commission australienne des droits de l’homme, qui accuse les autorités d’avoir commis un «génocide» anti-aborigène.
Il s’est traduit, notamment, par l’enlèvement à la garde de leurs parents de dizaines de milliers d’enfants, durant la période allant de 1880 aux années 1960. Ces enfants ont été appelés la «génération volée» ou les «humains dénaturés».
Le rapport, présenté devant le Parlement, énumère une litanie d’atteintes, physiques et sexuelles, dont ont été victimes les aborigènes, essentiellement du fait d’une politique suprématiste blanche.
«Les pratiques australiennes d’enlèvements d’enfants à leurs familles relèvent à la fois d’une discrimination raciale systématique et d’un génocide tel que le définit le droit international», lit-on dans ce rapport intitulé: «Les ramener chez eux».
«(Tout cela) a continué à être pratiqué officiellement longtemps après avoir été clairement interdit par les traités auxquels l’Australie a d’elle-même souscrit», ajoutent les auteurs du rapport.
Aujourd’hui, lit-on, la vie de milliers d’aborigènes est une suite de drames familiaux, de plongeons dans l’alcool ou la drogue, de violence et d’angoisses, tout cela directement lié à la politique officielle de l’Etat.
Selon la commission, un génocide ne signifie pas nécessairement l’élimination physique d’un groupe humain, et l’attitude adoptée vis-à-vis des aborigènes relève du génocide indépendamment des «bonnes intentions» alors affichées par les groupes de bienfaisance qui s’occupaient de la question. «Un Etat ne peut se retrancher derrière le fait que les pratiques étaient légales en vertu de ses propres lois».
«La première mesure de dédommagement et d’aide aux victimes de violations grossières des droits de l’homme doit consister à reconnaître la vérité et de présenter des excuses», lit-on.
Une minute de silence
Mais dans ses déclarations, le premier ministre n’est pas allé jusqu’à présenter des «excuses officielles» du gouvernement. Lorsqu’il a présenté le rapport au Parlement, le ministre des Affaires aborigènes, John Herron, s’est borné à dire qu’il éprouvait un sentiment de «profonde tristesse» pour le sort réservé à la minorité.
Les auteurs du rapport préconisent également le versement d’une indemnisation aux aborigènes pour tous les torts dont ils ont été victimes.
John Herron a réaffirmé l’opposition du gouvernement à toute indemnisation, car il estime qu’il n’existe aucun moyen de verser des dédommagements de façon équitable et commode.
Dans sa conférence de presse sur le thème de la réconciliation, John Howard s’est déclaré «désolé pour la souffrance, le traumatisme que beaucoup continuent aujourd’hui à ressentir en raison de ces pratiques».
«Personnellement, j’éprouve une profonde tristesse pour ceux qui parmi mes compatriotes ont été frappés par les injustices de ces pratiques perpétrées au cours des générations passées à l’encontre des populations indigènes», a dit le premier ministre sous les applaudissements des 1.500 délégués aborigènes et dirigeants politiques participant à la conférence.
Mais le chef du gouvernement fédéral a ensuite été sifflé et hué lorsqu’il a affirmé que l’histoire de l’Australie depuis les premiers comptoirs blancs installés en 1788 n’était pas faite «d’impérialisme, d’exploitation et de racisme».
Au Parlement, les députés ont dans leur ensemble, à une seule exception, accepté d’observer une minute de silence à la mémoire de la «génération volée». Même Pauline Hanson, représentante d’une formation populiste et raciste de droite, s’est levée pour cette minute.
Pat Dodson, président du conseil pour la réconciliation avec les aborigènes, réclame des mesures de compensation financière pour les enfants séparés de leurs parents.
Faisant allusion à la loi sur les armes adoptée l’an passé, Dodson a déclaré: «Nous pouvons offrir des compensations pour forcer les gens à remettre leurs armes et nous avons maintenant à trouver un moyen pour dédommager ceux qui ont été enlevés» (à leurs parents).
Pat Dodson a pris acte des déclarations du premier ministre, ajoutant que le Parlement devait agir de même. «C’est un bon début», a-t-il dit.


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