Depuis son élection, le 29 mai 1996, le gel du processus de paix a entraîné un arrêt brutal de la normalisation avec le monde arabe, a isolé Israël sur la scène internationale et a commencé à affecter l’économie auparavant dopée par les investissements étrangers.
Sur le plan intérieur, le gouvernement Netanyahu a souffert d’un dysfonctionnement endémique. Un scandale a suivi l’autre et le premier ministre a fait valser ses conseillers au gré de ses humeurs.
Jamais un gouvernement n’a été aussi critiqué en Israël, que ce soit par la justice, les milieux d’affaires, les responsables de l’armée et surtout les médias, contre lesquels M. Netanyahu a engagé une croisade.
«Il est difficile de désigner un seul domaine où le premier ministre a réussi, à moins de compter comme réussite le torpillage des accords de paix», estime le politologue israélien Zeev Sternhell.
«Malgré tout, si des élections devaient se dérouler aujourd’hui, M. Netanyahu pourrait encore l’emporter», estime ce professeur de l’Université hébraïque de Jérusalem.
En effet, explique-t-il, «un Israélien sur deux soutient sa politique vis-à-vis des Arabes et ne considère pas que telle ou telle affaire de corruption soit une raison valable pour lui retirer sa confiance».
M. Netanyahu reconnaît des «accrocs» dans la marche des affaires mais se félicite d’avoir pu empêcher un retrait israélien des territoires palestiniens occupés depuis 1967.
Réussite???
«Ma plus grande réussite est d’avoir évité un retour aux frontières de juin 1967», a-t-il déclaré au quotidien israélien Maariv à l’occasion de l’anniversaire de son élection.
Avant ce scrutin, le dirigeant de la droite nationaliste avait fait flèche de tout bois contre les accords conclus par ses prédécesseurs travaillistes avec les Palestiniens. Ils menaient, selon lui, à la «division de Jérusalem» et la création d’un Etat palestinien indépendant qui constituerait une «menace mortelle» pour Israël.
M. Netanyahu avait promis de ne pas démanteler une seule implantation juive en territoire palestinien et affirmé son attachement au mythe du Grand Israël dont il avait été nourri depuis l’enfance.
Il n’avait pas toujours été cru. Ses adversaires, y compris dans son propre camp, présentaient le leader de la droite comme un opportuniste prêt à renoncer à ses principes nationalistes pour garder le pouvoir.
La suite a prouvé le contraire. Fidèle à ses idées, Benjamin Netanyahu a bien vidé de leur substance les accords avec les Palestiniens. Certes, il a fini par appliquer, avec six mois de retard, la partie de l’accord sur le retrait de la plus grande partie de la ville de Hébron en Cisjordanie.
Mais il n’a pas fait un pas de plus. Il a ébranlé le processus de paix en septembre en autorisant l’ouverture d’un tunnel près de l’Esplanade des mosquées à Jérusalem, ce qui devait provoquer une vague sanglante d’émeutes palestiniennes.
En mars, il lui a donné un nouveau coup d’arrêt en autorisant la construction de la nouvelle implantation de Har Homa à Jérusalem-Est. Depuis lors, les négociations avec les Palestiniens sont au point mort, le minimum de confiance mutuelle n’existe plus et le complexe mécanisme mis au point en 1993 à Oslo entre Israël et les Palestiniens s’est cassé.
L’ambassadeur des Etats-Unis Martin Indyk l’a lui-même reconnu récemment, estimant qu’il y avait «une cassure dans le noyau de l’accord d’Oslo» et que le marchandage de base — sécurité pour Israël en échange de l’autodétermination pour les Palestiniens — s’était défait. Même si le processus de paix devait redémarrer, les fondements ne seraient certainement plus les mêmes.


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