«Rien n’a été fait» pour lancer la réforme de l’armée, s’est énervé le président russe, avant de sacrifier son ministre de la Défense Igor Rodionov, nommé à ce poste dix mois plus tôt.
Un énième coup de gueule. Le dernier datait de janvier 1996 quand Boris Eltsine s’indignait de «l’échec» et de «l’incohérence» de la réforme militaire.
C’est en mai 1992 que M. Eltsine avait jeté par décret les bases de la nouvelle armée russe. Elle devait s’adapter au système démocratique et enterrer l’Armée rouge, morte en même temps que l’URSS.
Avant lui, le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev s’était attelé à adapter ce monstre pléthorique de près de 5 millions d’hommes au désarmement et à la fin de la guerre froide.
Mais Boris Eltsine n’a jamais défini précisément le rôle géostratégique de la nouvelle Russie, à l’aube du XXIe siècle.
«On parle de réforme depuis des années. Mais il y a une absence totale de projet, personne ne sait quel type d’armée doit être mis en place», relève Pavel Felgenhauer, analyste militaire du quotidien réformateur «Sevodnia».
Les mêmes questions
Certes, il serait bien «d’avoir une armée compacte, professionnelle et qui coûterait moins qu’aujourd’hui, et qui en même temps garde ses capacités de combat», mais personne n’a défini «quelles unités supprimer, quels missiles envoyer au rebut ou quels autres acheter à l’étranger...», ajoute-t-il.
La seule contribution de M. Eltsine au débat a été de décréter la création d’une armée de volontaires d’ici l’an 2000 — une mesure très coûteuse et jugée totalement irréalisable par les experts — décidée en pleine campagne électorale pour séduire les jeunes électeurs qui fuient toujours plus nombreux la conscription, relève de son côté un éditorialiste moscovite.
En fait depuis dix ans, la Russie se pose les mêmes questions: contre qui doit-elle se défendre, a-t-elle besoin d’une armée de conscrits ou de professionnels, doit-elle placer à sa tête un civil ou un militaire, l’état-major doit-il dépendre du ministère de la Défense ou être rattaché à la présidence sur le modèle américain...

