A peine la nuit tombée, les petites bandes de 15-20 ans survoltés se répandent dans les rues, occupent les carrefours ou sillonnent la capitale en voiture en distribuant les affichettes du candidat de la gauche et des modérés pour le scrutin présidentiel de vendredi.
«Avec Khatami, on aura plus de liberté, avec Nategh-Nouri (son rival conservateur), toutes les filles seront en tchador», lancent des jeunes sur le carrefour de Tajdrich, à l’extrême nord de la capitale.
Face à la rumeur, M. Nategh-Nouri a été obligé d’affirmer solennellement qu’il n’avait aucune intention de «tchadoriser» le pays et d’interdire le «hijab», le simple foulard que beaucoup de femmes de la bourgeoisie préfèrent à l’austère voile noir.
La «fièvre khatamiste» est surtout sensible dans les quartiers nord aisés et occidentalisés de la capitale iranienne, où elle donne visiblement du souci au pouvoir.
La police a déjà annoncé plusieurs centaines d’arrestations pour «délits électoraux», principalement des jeunes manifestant trop bruyamment pour M. Khatami.
Sur Internet
Sur le grand boulevard Africa, des groupes de «bassidji», les jeunes miliciens islamistes issus des milieux populaires, ont récemment procédé à une opération coup de poing contre les innombrables voitures arborant des portraits de M. Khatami.
Conducteurs et passagers ont été tirés hors des véhicules, fouillés et dépouillés de tout ce qui peut sembler «occidental», en priorité les cassettes de musique moderne.
M. Khatami, un ex-ministre de la Culture et de l’Orientation islamique, est soutenu par des personnalités appréciées dans Téhéran-nord, comme le très moderniste maire de la ville, Gholamhossein Karbatschi, ou la fille du président sortant Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, Faézeh, active militante du sport féminin.
Il a tenu des propos moins fermes que ses adversaires sur les antennes paraboliques, qui permettent de recevoir les télévisions étrangères, et sur Internet, deux sujets auxquels les jeunes téhéranais sont sensibles.
La moitié de la population iranienne, soit près de trente millions d’enfants et de jeunes, est née après la révolution de 1979 et n’a donc connu ni le régime du Chah, ni participé au soulèvement. On peut voter à partir de 15 ans en Iran.

