Ses concitoyens reconnaissent comme premières qualités à ce religieux imberbe d’être un pragmatique et un redoutable manœuvrier politique.
Au terme d’une petite révolution de palais comme l’Iran les affectionne, ce compagnon de la première heure de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny conservera pour cinq ans la présidence d’une institution de première importance, le «Conseil de discernement des intérêts du régime».
Cette cour d’arbitrage en cas de conflit entre le Parlement et le Conseil constitutionnel a vu tout récemment ses pouvoirs renforcés pour devenir un véritable «cabinet d’experts» au service du guide de la République et numéro un du régime, l’ayatollah Ali Khamenei, chargé de préparer les orientations stratégiques du régime.
Ce «Conseil de discernement» est composé de représentants de toutes les factions, des modernistes-technocrates favorables à l’ouverture du pays jusqu’aux ultra-conservateurs et aux radicaux anti-occidentaux.
Si-M. Rafsandjani manœuvre bien, il fera de cette instance un centre de pouvoir et d’influence, et restera de fait le numéro deux du régime. S’il échoue, le Conseil de discernement sera alors un «placard doré».
Cet hodjatoleslam à l’allure débonnaire est originaire de la province de Kerman (sud-est), une région aride où le nom de sa famille est associé à la culture et au commerce de la pistache.
Un proche de Khomeiny
Il fut l’un des plus proches compagnons de l’ayatollah Khomeiny, qu’il rencontra dès l’âge de 14 ans, lorsqu’il se rendit dans la ville sainte de Qom pour entamer ses études de théologie.
Plusieurs fois arrêté et torturé sous le régime du Chah, il est dans l’entourage de Khomeiny l’un des artisans de la révolution. L’ascension de cet homme qui échappe à toutes les purges et attentats sanglants qui marquèrent le début du régime islamique devient alors irrésistible.
Elu président du Majlis (Parlement) en 1980, il se taille une image de pragmatique, capable s’il le faut d’entonner les thèmes révolutionnaires radicaux.
Nommé commandant des forces armées en 1988, il réussit le tour de force de faire accepter la paix avec l’Irak à l’ayatollah Khomeiny, qui dira qu’accepter cette décision avait été pour lui «comme absorber du poison».
Elu président en 1989 à la suite de Khamenei — qui devient guide de la République en remplacement de Khomeiny décédé — il engage une politique d’ouverture économique et de normalisation avec l’Occident.
Allié un temps aux conservateurs pour éliminer les radicaux, il doit à partir de 1992 faire face à l’opposition farouche de ces mêmes conservateurs, soutenus par les milieux les plus traditionalistes de l’Iran, les commerçants du bazar et le clergé de Qom.
M. Rafsandjani est père de cinq enfants dont Faezeh, sa plus jeune fille, bête noire des ultra-conservateurs pour son engagement en faveur de la promotion du sport féminin en Iran.

