Plus de la moitié de la population iranienne n’était pas née, ou était en très bas âge, lors du renversement du régime impérial et de l’instauration d’une république islamique en 1979.
Estimés à quelque dix millions, les 14-18 ans constituent une frange particulièrement sensible de la population, même si leurs problèmes varient selon leurs milieux sociaux.
La jeunesse dorée des grandes villes du pays vit un malaise culturel profond. Les Etats-Unis, diabolisés par la propagande du régime, restent souvent la référence de ces jeunes avides de rock et de vidéos étrangères.
Leur habillement — blousons, lunettes de soleil, baskets et jeans, avec un vague foulard mal noué pour les filles — comme leur manière de parler, les distinguent de leurs compatriotes du même âge des milieux modestes.
Boudant le zèle révolutionnaire et indifférent du respect des valeurs de la révolution, la jeunesse aisée des grandes villes ne rêve que de Los Angeles, Londres, Paris ou Francfort.
L’Iran officiel bannit toute relation sexuelle avant le mariage ainsi que la mixité à l’école. La police fait état d’ailleurs régulièrement d’arrestations de jeunes, filles et garçons, dans des soirées dansantes dans le nord de Téhéran.
Un fait divers sordide perpétré dans un quartier chic de Téhéran — une adolescente de seize ans et son petit ami du même âge condamnés pour le meurtre de deux enfants — a créé un électrochoc dans l’opinion, et relancé un débat de société sur la place des jeunes en Iran.
Pour la jeunesse déshéritée de la campagne et des immenses banlieues-dortoir des villes, la vie ressemble tous les jours à une survie dans un univers de chômage et de mal-vivre.
C’est d’ailleurs ces mêmes jeunes qui ont protesté il y a deux ans avec violence dans la banlieue sud de Téhéran contre la cherté de la vie et les tarifs des services publics.
Les autorités ont intensifié parallèlement l’enseignement coranique et islamique à tous les échelons de l’éducation depuis quatre ans, montrant que les jeunes sont bien un enjeu politique et social en Iran, dont dépend l’avenir du régime.
«Qu’ils soient du nord ou du sud ou qu’ils soient aisés ou démunis, ces jeunes n’ont connu ni le Chah ni Khomeiny», explique un sociologue iranien, rappelant que cette jeunesse «est étrangère au caractère sacré» de la révolution.
«Peut-être pas aujourd’hui, mais dans quelques années, ils seront capables de descendre dans les rues comme leurs pères l’avaient fait pour renverser le Chah», a ajouté ce sociologue, indiquant que la jeunesse universitaire s’intéresse plus à la politique qu’à la religion.
Pour le clergé, la jeunesse en Iran est victime d’une «agression culturelle occidentale» et surtout américaine, et c’est pourquoi il va falloir «familiariser davantage les jeunes avec les valeurs morales de la révolution et de l’islam».
«Notre jeunesse a besoin d’être informée des réalisations de la révolution», avait écrit au début de l’année le journal «Tehran Times», inquiet du fossé entre le régime et la génération montante.
Conscients du problème, les différents candidats aux élections présidentielles de vendredi prochain font des promesses aux jeunes sur l’amélioration de leur situation et sur leur avenir. Les jeunes peuvent voter en Iran à l’âge de 15 ans révolu.
Il y a donc plusieurs millions de votants potentiels parmi ces jeunes, et un vote surprise pourrait un jour faire basculer les choses en Iran.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine