Le secrétaire d’Etat Madeleine Albright s’est déclarée «très déçue» de l’annulation de cette rencontre entre le président zaïrois et le chef rebelle qui devait se tenir sur un navire sud-africain au large du Congo.
«Il est très important que les deux hommes se rencontrent et qu’un processus de transition pacifique puisse avoir lieu et que nous fassions quelque chose quant à la situation tragique des réfugiés», a déclaré Mme Albright, interrogée sur la chaîne américaine PBS.
Elle a indiqué qu’elle «espérait» encore qu’une rencontre entre Mobutu et Kabila puisse se dérouler jeudi et qu’à son avis le président zaïrois «cherchait les moyens d’une transition».
Le porte-parole de la diplomatie américaine, Nicholas Burns, a pour sa part exhorté MM. Mobutu et Kabila «à trouver un moyen de se parler directement». «Nous craignons ce qui peut se passer», a-t-il ajouté, si les efforts pour assurer un transfert en douceur du pouvoir échouent et que les rebelles prennent d’assaut la capitale.
M. Burns avait affirmé auparavant que les forces rebelles se trouvaient à 60 km de Kinshasa. Une précision inhabituelle: le département d’Etat affirmait auparavant aux journalistes ne pas être en mesure de vérifier la position exacte des hommes de Laurent-Désiré Kabila.
Dans ces conditions, «tout est possible du point de vue militaire», a souligné M. Burns, qui a de nouveau appelé les 325 Américains présents au Zaïre, dont les deux tiers dans la capitale, à quitter le pays avant qu’il ne soit trop tard.
Il a évoqué le risque d’une évacuation précipitée comme au Liberia en 1995. «Souvenons-nous de ce qui s’est passé à Monrovia», a-t-il lancé.
Environ 1.150 Marines stationnent au large des côtes africaines tandis que 200 soldats américains se trouvent à Brazzaville (Congo) et 10 à Pointe-Noire (Congo).
Les avoirs
de Mobutu
Outre les conséquences de combats en pleine ville, les responsables américains affirment craindre des exactions des troupes gouvernementales zaïroises. Ils ne manquent pas une occasion de souligner que leur réputation «n’est pas fameuse» en matière de discipline et de respect des droits de l’homme.
Le gouvernement zaïrois a immédiatement accusé Washington de faire de «l’intoxication», c’est-à-dire de chercher à faire pression pour un départ rapide du président Mobutu.
L’ambassade américaine à Kinshasa a confessé sa perplexité, déclarant «ne pas savoir d’où venaient ces informations» sur la position des rebelles.
Selon un porte-parole du gouvernement zaïrois, «il y a toujours un verrou à près de 100 km» de la capitale.
Le département d’Etat a pris soin de ne désigner aucun responsable de l’annulation du sommet. Les raisons de sécurité invoquées par M. Kabila pour ne pas y participer «sont sincères», a estimé M. Burns. Le chef rebelle exigeait que le bateau gagne les eaux internationales avant de monter à bord.
M. Burns a par ailleurs estimé «prématuré» de parler des éventuels avoirs du président Mobutu aux Etats-Unis avant que le pouvoir ait changé de mains.
Le gouvernement de Berne a indiqué mercredi que des «représentants du parquet» zaïrois avaient déposé une demande d’entraide judiciaire susceptible d’aboutir au gel de tous les avoirs de M. Mobutu en Suisse.
Les Etats-Unis avaient réduit le week-end dernier le personnel de leur ambassade à Kinshasa, n’y laissant que 25 personnes dont l’ambassadeur Daniel Simpson. Mais ils se déclaraient encore confiants dans une issue pacifique.


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