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Actualités - Reportage

Gloires orientales du dictionnaire de la chanson mondiale depuis 1945

PARIS. — De Mirèse AKAR

Larousse aime faire les choses in situ et, si son nouveau «Dictionnaire de la peinture» a été présenté dans la jolie chapelle de l’Ecole des Beaux-Arts, c’est au dancing de La Coupole qu’a eu lieu le lancement du «Dictionnaire de la chanson mondiale depuis 1945».
Que peut-on y trouver? Une sorte de pot-pourri de tous les genres, que recense cet énorme volume de près de neuf cents pages grand format: rock, country, blues, soul, pop, reggae, variétés internationales, chanson francophone, funk, grunge, trash metal, salsa, saudade, fado, samba, protest song, tradition arabo-andalouse, sans oublier le rap et le raï. Soixante spécialistes se sont partagé les trois mille notices où l’on retrouve tous les chanteurs dont la carrière a commencé ou s’est poursuivie après 1945, mais aussi les compositeurs, arrangeurs et paroliers qui méritent mention. Des notices proportionnelles à la notoriété, mais aussi à l’originalité des artistes, si Elvis Presley, Trênet, Montand, Oum Kalsoum — que ses compatriotes appelaient «la quatrième pyramide d’Egypte» — ont droit à trois pleines pages, Mireille Mathieu, la pauvrette, est expédiée en une demi-colonne, et les compagnons de la chanson ne sont guère mieux lotis...
Le fond de l’air est plein de mélodies qui font partie de notre inconscient collectif, repères pour une communauté ou une génération, et si, en 1996, un sondage commandité par le ministère de la Culture plaçait chanson et musique en tête des activités culturelles des Français, la réalité n’est pas différente aux Etats-Unis, en Angleterre ou en Allemagne, pour ne rien dire de l’Afrique et du monde arabe.
Le philosophe Max Weber parlait à leur propos d’un pouvoir d’«en-chanter» le monde. Il s’agit bien du «tarab» qu’évoquent les Arabes, cet état de pâmoison où tombent les foules qu’elles soient à l’écoute d’une noble «qasîda» ou d’une entêtante ritournelle.
On ne résiste pas à la tentation de chercher dans l’index les gloires orientales auxquelles les auteurs de ce dictionnaire ont consacré une entrée. Si Sabah en est curieusement absente, on sourit, en revanche, d’y trouver ce Bob Azzam qui, fin des années 50, tonitruait son «Chérie je t’aime, chérie je t’adore» dans les juke-boxes des plages et des villégiatures libanaises...

4 couplets et un refrain

Parcourir cet index est aussi l’occasion de faire quelques découvertes: par exemple l’Egyptien Joseph Gandour-Bey qui prit le pseudonyme de Reda Caire (en hommage à sa ville natale) et, «ténorino au physique délicat», s’imposa au Bœuf sur le Toit après avoir débuté dans l’opérette à Marseille. Il pouvait se vanter d’une discographie de pas moins de cent cinquante 78 tours et aussi d’avoir, avant Piaf, contribué à lancer Montand.
Mais voyons plutôt les Egyptiens restés au pays, une Egypte qui, au début de ce siècle, imposait au monde arabe un véritable impérialisme culturel où musique et chanson ne pesaient pas d’un poids négligeable. C’est au Caire que se tint, en 1932, le premier congrès de musique arabe. La même année, dans «L’hymne du cœur», le cinéma arabe chanta pour la première fois... Et c’est bien évidemment au Caire que les multinationales du disque installèrent leurs bureaux, diffusant bientôt les «variétés» égyptiennes du Maroc jusqu’en Irak. La «taqtûqa», chanson légère qui avait fait les beaux soirs des cabarets dans les années 20, céda vite la place à la chanson moderne, composée de quatre couplets et d’un refrain, accompagnée par un orchestre d’une vingtaine d’instrumentistes. Le dictionnaire accorde à Mohammed Abdelwahab la place qui lui revient de droit, celle de «rénovateur suprême de la musique arabe», ainsi que le présentait le catalogue de la maison Baydaphone qui grava ses premiers 78 tours dès 1930. Avec lui, le chant devient moins ornementé et accueille volontiers des «citations» de musique classique européenne, mais aussi de tangos, de valses ou de rumbas à la mode...
Farid el-Atrache, à la voix d’or, beau ténébreux consacré autant par le cinéma que par une longue carrière de chanteur, n’a évidemment pas été oublié... Quant à Abdel Halim Hafez, il est commodément décrit comme un «rossignol brun, mélange de Frank Sinatra et d’Elvis Presley».

«L’ordre de la perfection»

Quant à l’immense Oum Kalsoun, son parcours est retracé dans les moindres détails. Après avoir été proche de deux rois, Fouad et Farouk, elle n’hésita pas à devenir l’égérie de Nasser, car elle ne détestait pas les allées du pouvoir... Pour avoir chanté le Canal de Suez nationalisé, la réforme agraire et le barrage d’Assouan, elle ne méritait pas moins que d’être décorée de «l’Ordre de la perfection»! Le maire de son village de Haute-Egypte ne disait-il d’ailleurs pas: «Au-dessus d’elle, il n’y a que le Coran»? Sa voix hors du commun explique le phénomène commercial qu’elle représenta. Sa forte présence exerçait une fascination sans égale sur un public avec lequel elle entretenait un rapport personnel, quasi théâtral, grâce aux audacieuses improvisations, dont elle émaillait ses longues phrases psalmodiques.
Feyrouz

Avec une carrière de près d’un demi-siècle, notre Feyrouz nationale à la voix séraphique est aujourd’hui «la plus célèbre chanteuse arabe en exercice». Elle s’est produite au Caire dès 1955, mais elle ne fit jamais de concessions à la mode égyptienne alors même que cela pouvait paraître, à un moment donné, le prix à payer pour une reconnaissance panarabe. Servie par des compositeurs et des paroliers libanais, les Rahbani, qui parvinrent habilement à désacraliser et réinterpréter la «qasîda», elle chanta sur le mode de l’opérette le mythe de nos villages de la montagne. Son fils Zyad, qui a réorchestré ses vieux succès des années 60, l’engage maintenant dans une voie plus «jazzy», avec des paroles elles-mêmes revues et corrigées dans un style plus occidental.
L’étoile montante en France, c’est Khaled depuis la découverte du raï lors d’un festival organisé en 1986 à Bobigny. Métissage de rock et de traditions musicales négro-arabo-berbères, le raï représente à l’origine une tentative de libération pour la jeunesse oranaise qui cherchait à transgresser tous les interdits. C’est la musique des cheb et des chabba — par opposition aux aînés — vite adoptée par les beurs des banlieues françaises. Mais Khaled, récemment fait chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, n’entend plus se faire appeler cheb — «Je ne vais pas rester jeune toute ma vie!», proteste-t-il — sans pour autant donner l’impression d’être rentré dans le rang ou d’avoir pris un coup de vieux.
PARIS. — De Mirèse AKARLarousse aime faire les choses in situ et, si son nouveau «Dictionnaire de la peinture» a été présenté dans la jolie chapelle de l’Ecole des Beaux-Arts, c’est au dancing de La Coupole qu’a eu lieu le lancement du «Dictionnaire de la chanson mondiale depuis 1945».Que peut-on y trouver? Une sorte de pot-pourri de tous les genres, que recense cet énorme volume de près de neuf cents pages grand format: rock, country, blues, soul, pop, reggae, variétés internationales, chanson francophone, funk, grunge, trash metal, salsa, saudade, fado, samba, protest song, tradition arabo-andalouse, sans oublier le rap et le raï. Soixante spécialistes se sont partagé les trois mille notices où l’on retrouve tous les chanteurs dont la carrière a commencé ou s’est poursuivie après 1945, mais aussi les...