Actuellement, ces blagues s’attaquent surtout aux chefs religieux après avoir longtemps visé les hommes politiques.
Selon l’auteur de la thèse, Mme Nahla Ibrahim Mohammed, «les blagues politiques sont devenues moins nécessaires avec l’accroissement de la liberté de parole depuis le début des années 80, qui a permis à la presse de publier articles et caricatures se moquant des responsables».
Hardies, les blagues religieuses visent tous les dignitaires religieux — musulmans, chrétiens, juifs — mais aussi les prophètes, dans un pays qui a interdit le dernier film de Youssef Chahine — «L’émigré» — accusé de personnifier Joseph.
Elles ont souvent une connotation sexuelle.
«Devant l’échec des «noktas» politiques à dégeler un processus de démocratisation incomplet, les Egyptiens se défoulent en s’attaquant à leurs deux autres grands tabous: la religion et le sexe», commente Nabil Abdel Fattah, sociologue du centre d’études du quotidien «al-Ahram».
Selon la thèse de Mme Mohammad, ces nouvelles blagues sont «d’origine étrangère» car les Egyptiens respectent traditionnellement la religion. Elles sont simplement «égyptianisées» et se répandent «très rapidement» parmi les jeunes en raison, selon elle, de «l’absence de barrières morales et religieuses, avec l’abandon du rôle traditionnel des parents à ce sujet».
Pour M. Abdel Fattah, «ces «noktas» favorisent des attitudes hostiles» envers les coptes ou les musulmans, à l’instar de la récente déclaration du dirigeant de la confrérie interdite des Frères musulmans Moustapha Machhour appelant à rétablir le tribut sur les coptes et à les expulser de l’armée.
Les «noktas» sont considérées comme un véritable témoin de l’histoire de l’Egypte et de l’orientation de sa société, et un suivi des dernières blagues est régulièrement assuré par les services de sécurité.
Dans le passé, les blagues politiques tenaient le haut du pavé, surtout lors de défaites militaires ou sous des dictatures. Après la révolution nassérienne de 1952 sont apparues des «noktas» anti-israéliennes, qui se sont multipliées après la déroute de 1967.
Les «noktas» religieuses se contentaient le plus souvent d’ironiser sur les hommes de religion prétendant avoir des pouvoirs surnaturels ou faisant des courbettes à l’occupant, ottoman puis français ou britannique.
Pour M. Abdel Fattah, les blagues religieuses continueront d’être en vogue jusqu’à «une véritable démocratisation» du pays.

