Le Sérail n’a aucune raison d’appréhender l’hostilité ou même seulement la méfiance des électeurs.
Un Etat pour
une nation
Pendant 4 ans, le Sérail s’est appliqué à faire du Liban un Etat pour une nation et non «une ferme pour une famille» comme l’a osé prétendre, dans un discours enflammé, M. Abdel Hamid Karamé.
Pendant 4 ans le Liban a été gouverné avec le souci exclusif des intérêts de la communauté nationale.
La Justice a été soustraite à toutes les interventions de l’Exécutif; les magistrats, nous le savons, ont, dans un mémoire devenu célèbre, prétendu le contraire; mais peut-on prendre au sérieux, sur ce chapitre, le témoignage des magistrats?
Les adversaires du Sérail n’ont fait l’objet d’aucune persécution. Dans les agglomérations du Mont-Liban, aucun moukhtar, aucun Conseil municipal n’ont été révoqués pour des motifs politiques.
Les élections partielles de 1944 et de 1945 se sont déroulées dans des conditions normales. Si M. Khalil Abou Jaoudé et M. Farid el-Khazen ont obtenu plus de voix que n’avaient obtenues en 1943 M. Béchara el-Khoury et M. Emile Eddé réunis, c’est que M. Khalil Abou Jaoudé et M. Farid el-Khazen jouissent apparemment d’un prestige et d’une popularité que n’ont jamais connus ni l’un ni l’autre des deux présidents. Si M. Philippe Tacla a triomphé de la coalition du Bloc national et des Phalanges libanaises, c’est évidemment en raison du génie politique de M. Philippe Tacla — qui n’attendait, pour se révéler, que les malheurs de sa famille.
Avec les millions de la piastre du pauvre, le Sérail a banni la pauvreté du Liban. Il n’y a plus un seul mendiant dans les rues de Beyrouth. Et les bonnes œuvres patronnées par les anciens députés ne se comptent plus.
Les devises rares ont été équitablement réparties. Tous les commerçants, sans exception, ont été traités sur un pied d’égalité. Aucun ministre n’a jamais lancé des courtiers aux trousses des importateurs.
Le trafic sur les licences d’importation et les licences d’exportation est une légende. Les licences furent, pendant quatre ans, strictement réservées aux commerçants inscrits à la chambre de commerce.
Avec la bataille de l’indépendance, les Libanais ont gagné la bataille des libertés. «L’Orient» n’a été suspendu ni en février 1944, ni en septembre 1945, ni en février 1946. Aucun journal d’opposition n’est aujourd’hui empêché de paraître. Le «Hadiss» et le «Nahdat» n’ont jamais existé.
Les finances libanaises ont été gérées avec parcimonie. Les fêtes, les réjouissances, les parades, les réceptions n’ont pas coûté une piastre au trésor public. Le profitariat, les dilapidations, l’anarchie n’ont existé que dans l’imagination des ennemis du régime.
Personne au Liban n’a pratiqué le chantage au péril de la nation. Personne n’a jamais prétendu accaparer le patriotisme et délivrer aux citoyens des certificats de civisme. Personne n’a accusé les meilleurs Libanais de trahir le Liban.
Il n’y a pas lieu
de s’inquiéter
Pendant 4 ans nous avons vécu dans un véritable paradis. Les citoyens de notre heureuse République ont recommancé à s’aimer. Ils participent tous dans la joie aux bienfaits de l’indépendance. Ils vont pouvoir, enfin, à l’occasion du 25 mai, témoigner leur unanime reconnaissance aux hommes qui ont fait du Liban l’heureux foyer des Libanais.
Le Sérail, qui n’a aucune raison de fausser les élections, n’en a, d’ailleurs, nullement l’intention.
Le Sérail n’intervient pas dans l’élaboration des listes. Il a opposé le démenti le plus formel aux candidats qui se disent «gouvernementaux».
Aucune exclusive n’a été lancée contre un honnête homme. Le «veto» auquel certains journaux ont fait allusion est, bien évidemment, une farce.
Personne n’a jamais dit à M. Hussein Jisr — (du 23 avril 1944 et du 2 mars 1945) — qu’il ne fallait pas qu’il y eut ballottage dans la circonscription du Mont-Liban.
Les listes électorales ont été affichées conformément à la loi.
Le nombre des bureaux de vote a été augmenté.
Les fonctionnaires et les officiers de gendarmerie qui avaient été désignés en vue d’élections truquées ont tous été révoqués.
Il a suffi que l’opposition dénonce les agissements de l’officier de gendarmerie Hussein Hammoud pour qu’une enquête soit aussitôt ouverte et que M. Hussein Hammoud soit suspendu de ses fonctions en attendant le résultat de l’enquête.
Le cheikh Farid el-Khazen, candidat du Destour au Mont-Liban, n’a pas dit à un journaliste qu’«aucune liste guvernementale n’a jamais été battue au Liban».
Non seulement le Sérail ne veut pas fausser les élections: il ne veut surtout pas susciter le moindre doute sur ses bonnes intentions.
Les Libanais n’ont donc pas à s’inquiéter et ne s’inquiètent d’ailleurs pas.
6 mai 1947

