Tirages limités
Si la rentabilité est la règle d’or dans la principauté, ce dont personne, là-bas, ne fait d’ailleurs mystère, le bien-être des habitants n’en prime pas moins sur tout le reste. Sans doute y a-t-on misé sur certaines industries, mais à condition qu’elles ne soient pas polluantes. Et les technologies de pointe comme les laboratoires pharmaceutiques sont à cet égard au-dessus de tout soupçon. Il existe sur le Rocher d’autres sortes de laboratoires: ceux d’estampe et de sérigraphie de la société Arts et Couleurs où la tradition médiévale de la miniature connaît une véritable renaissance grâce à l’infinité de nuances que peuvent offrir quatre-vingt-quatre passages de couleurs. Entièrement composés à la main, les livres qui en sortent sont imprimés sur des papiers luxueux et illustrés d’aquarelles. Tout le reste est à l’avenant: tranches dorées à l’or fin, reliures précieuses et, bien entendu, tirages limités réservés aux happy few.
Tirage également limité — deux mille exemplaires tout de même — pour la collection prix Prince Pierre de Monaco dont deux volumes paraissent chaque année aux éditions du Rocher. Le choix des titres est laissé à la discrétion du lauréat de l’année précédente qui fera rééditer à la fois une de ses propres œuvres et celle d’un autre écrivain lui paraissant mériter cet honneur. Ainsi Jean Raspail, primé en 1996, a-t-il voulu cette fois donner une seconde vie à son roman «Sire», un «thriller épique, catholique et royal» paru en 1991 chez Fallois et un coup de projecteur sur «Les biffins de Gonesse» (Gallimard, 1961) de Jacques Perret, l’auteur du «Caporal épinglé», pour lui «le seul écrivain de ces cinquante dernières années qu’on reconnaisse immédiatement à son style».
Une liste «bluffante»
Décerné par un conseil littéraire aujourd’hui présidé par la princesse Caroline et qui est un aréopage de huit membres de l’Académie française, quatre académiciens Goncourt et quatre écrivains francophones — parmi lesquels Tahar ben Jelloun — le prix littéraire Prince Pierre de Monaco est particulièrement convoité, et comment, après tout, le lauréat ne se sentirait-il pas en bonne compagnie avec Jean Giono, Julien Green, Marguerite Yourcenar, Joseph Kessel, Antoine Blondin... pour ne citer que quelques-uns des écrivains distingués depuis 1951?.
Confidence de Maurice Schumann, l’un des membres du conseil: Andrée Chedid, qui figurait parmi les cinq finalistes, a été bien près de se voir décerner le prix 1997. Celui-ci est finalement allé au directeur de la rédaction du «Figaro», Frantz-Olivier Giesbert qui a toujours plusieurs fers au feu, tantôt biographe — notamment de François Mitterrand — tantôt romancier et a déjà été couronné par le Grand prix de l’Académie française — pour «L’affreux», en 1992 — et l’Interallié — pour «La souille», paru l’an dernier —. Ayant consulté avec gourmandise dans le «Quid» la liste des précédents lauréats, il l’a trouvée très «bluffante» et, lui qui se dit habituellement tenté de jeter les honneurs par-dessus bord, il n’a pas caché sa joie d’avoir été «adoubé» par des écrivains qu’il admire.
Un Matta phénicien
Si ce prix lui a procuré autant de plaisir qu’un «bon point» autrefois à l’école, le peintre Matta qui, lui, a obtenu le 31e prix international d’art contemporain, a assuré l’avoir reçu comme «L’annonce faite à la Vierge Marie». Pour l’hommage que lui rendait la principauté, cet ancien porte-drapeau du surréalisme avait accroché des œuvres monumentales aux mystérieuses et vibrantes harmoniques qui explorent l’espace intérieur et mériteraient toutes ce titre de «morphologies psychologiques» autrefois donné à l’une de ses expositions.
Italien pris à tort pour un Chilien parce que né à Santiago, Matta vit à Paris mais, facétieux, se dit étrusque et — qui sait? — peut-être un peu Phénicien. A cause de son atelier de Tarquinia, dans une région où, à l’en croire, les Phéniciens ont laissé plus d’une trace. Et de se lancer aussitôt dans l’étymologie de Tyrrhénienne (la mer), son regard qui frise vous entraînant droit vers notre antique Tyr. On se demande alors si Matta ne se mélange pas les pinceaux — à moins qu’il ne fasse semblant — juste pour vous être agréable.
Mirèse AKAR


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