Le gouvernement britannique entend de son côté confirmer l’Irlande du Nord comme une de ses priorités: Marjorie Mowlam, nouveau ministre à l’Ulster, a pris ses quartiers à Belfast dès sa nomination samedi. M. Blair et Mme Mowlam envisagent un sommet sur l’Ulster dès jeudi à Londres avec le premier ministre irlandais John Bruton et son vice-premier ministre Dick Spring.
M. Spring a insisté sur l’urgence de relance du processus de paix. «Si nous rencontrons Tony Blair la semaine prochaine, nous lui dirons que nous voulons travailler, et travailler immédiatement sur les problèmes».
«Violence paramilitaire, parades avec risques de confrontations, églises incendiées, tensions intercommunautaires et intransigeance politique: voilà les problèmes à empoigner», a déclaré M. Spring à la BBC.
A Belfast, Gerry Adams, le leader du Sinn Fein (aile politique de l’IRA) lors de sa première conférence de presse de député, a lancé les premiers traits d’un lobbying intense qu’il mènera, avec l’autre député Sinn Fein, Martin McGuinness, jusqu’aux portes du Parlement au cours de la prochaine législature.
Les deux élus Sinn Fein ne siégeront pas à la Chambre des communes, refusant de prêter serment d’allégeance à la reine, mais rien ne les empêchera de venir au Parlement de Westminster pour y mener lobbying et campagne médiatique soutenue.
Les élections britanniques ont conféré au Sinn Fein un statut politique sans précédent. Outre deux députés, une première, il devient avec 16,05% des voix le troisième parti d’Ulster, dépassant le Parti démocratique unioniste (DUP, protestant ultra) du révérend Ian Paisley (13,57%).
Le Sinn Fein, fort de 127.000 voix, ne peut plus être considéré que comme «l’aile politique de l’IRA». Il n’aura de cesse de réclamer, au nom de ce mandat, son inclusion aux négociations multipartites sur l’avenir de l’Ulster. Dont il est exclu depuis la rupture du cessez-le-feu de l’IRA.
Le Sinn Fein aurait tort toutefois de miser sur une faiblesse de Mme Mowlam sur ce point. Elle a rappelé que personne au gouvernement travailliste «n’aura de contacts avec le Sinn Fein tant que l’IRA le rend impossible» avec sa violence. Pas de contacts bilatéraux, a fortiori pas d’admission aux pourparlers de Stormont.
Mais elle a rappelé qu’«il y a une porte ouverte» et que le mouvement républicain «connaît les conditions» pour la franchir.
«Il y a un premier impératif, pesant sur les nouveaux députés, c’est d’avoir un cessez-le-feu maintenant», a déclaré M. Spring, à l’attention de MM. Adams et McGuinness. «Je crois qu’il y a un certain espoir».
Faute de signe d’une trêve «militaire», Mme Mowlam devrait s’attacher rapidement à en faciliter l’atmosphère, par des mesures dites «d’instauration de la confiance»: un geste à l’attention des prisonniers républicains et loyalistes, la demande de réexamen indépendant des événements du «dimanche sanglant» (13 civils tués par l’armée en 1972), ou le renforcement des pouvoirs d’une commission indépendante d’arbitrage des parades en Ulster.

