Ce «geyser désintégrateur», comme ils l’appellent, jaillit du centre de la galaxie et pourrait constituer la preuve que cette zone est constituée d’étoiles en pleine explosion et de vents tourbillonnant autour d’un trou noir. Il serait formé de gaz chauds nés de la désintégration de particules de matière et d’antimatière qui se heurtent dans cette région de l’espace, estiment les scientifiques.
On s’attendait à trouver des particules d’antimatière et de matière en conflit en périphérie de la Voie lactée, comme là où se trouve notre Soleil et son système planétaire, mais jamais gisement d’antimatière n’avait encore été détecté au cœur de la galaxie.
Pour localiser ce «jaillissement», les scientifiques ont eu recours à des données transmises par le téléscope spatial à rayons gamma Compton, lancé par la Nasa en 1991. Contrairement au téléscope spatiale Hubble, qui observe en lumière visible, l’observatoire Compton traque dans l’espace les rayons gamma — particules de lumière à bien plus forte énergie.
Le centre de la Voie lactée se trouve à environ 25.000 années- lumière de la terre et ne peut être observé avec des téléscopes «normaux» en raison des gaz et poussières divers qui font écran. Cependant, les rayons gamma peuvent «voir» à travers ces nuages de gaz et poussières, jusqu’au cœur de notre galaxie.
Les rayons gamma, qui concentrent 250.000 fois plus d’énergie que les rayons de lumière visibles par l’homme, sont produits par la collision antimatière/matière.
Trou noir
On pense que l’antimatière est denrée relativement rare dans l’univers, parce que chaque fois qu’elle se confronte à la matière, il y a phénomène d’annihilation et production de rayons gamma, et que la matière est beaucoup plus abondante.
Les astronomes qui observent le cœur de la Voie lactée se demandent d’où provient l’antimatière qui alimente le geyser détecté; cela fait actuellement l’objet de débats à un symposium à Williamsburg, en Virginie.
«A mon avis, il règne une activité bouillonnante qui crée des nuages de gaz chauds au centre de notre galaxie», a déclaré lors d’une conférence de presse Charles Dermer, chercheur au Laboratoire de recherches navales à Washington.
«C’est le centre-ville de notre galaxie. Nous vivons dans une banlieue relativement calme», explique-t-il.
Mais Dermer est en désaccord avec d’autres scientifiques quant à la nature du «geyser» d’où fuse l’antimatière. Selon lui, et selon certains de ses collègues, il pourrait s’agir d’un «bûcher funéraire» d’étoiles mortes, qui brûlent depuis 100.000 ans à un million d’années-lumière.
Autre hypothèse évoquée comme source d’antimatière, l’immense trou noir qui se trouverait lui aussi au cœur de la Voie lactée, et qui pourrait cracher des salves d’antimatière. Un autre trou noir, plus petit, appelé emphatiquement le «Grand annihilateur», pourrait lui aussi cracher de l’antimatière.
Le geyser localisé se trouve à 3.500 années-lumière au-dessus du centre de la galaxie et son diamètre mesure la bagatelle de 4.000 années-lumière.


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