«Il y a de bonnes raisons d’éprouver un sentiment d’exubérance rationnelle», a estimé lors d’une conférence de presse le directeur général du Fonds monétaire international, dans une allusion ironique aux propos du président de la Réserve fédérale américaine Alan Greenspan qui avait fustigé il y a quelques mois l’«exubérance irrationnelle» des marchés financiers.
Il a souligné que la croissance économique n’avait pas été aussi forte depuis 30 ans et ne s’accompagnait pas de tensions inflationnistes mais plutôt d’une tendance à la baisse des prix.
A la veille des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, le FMI prévoit une croissance économique mondiale de 4,4% en 1997 et 1998, après 4% l’an dernier.
La croissance devrait atteindre 2,9% sur les deux années dans les pays industrialisés (après 2,5% en 1996), 6,6% en 1997 et 6,5% en 1998 dans les pays en développement et de 3% cette année puis 4,8% l’an prochain dans les pays en transition de l’Europe de l’Est.
M. Camdessus a estimé que le développement rapide de la mondialisation avait produit des effets «positifs» et que les pays membres du FMI devaient apporter une «réponse claire» aux critiques contre l’accroissement des inégalités.
«La mondialisation ne résoudra pas tous les problèmes mais c’est un défi, une chance qu’il faut saisir», a-t-il déclaré.
Il faut d’autre part des institutions internationales solides «afin de réduire les risques financiers entraînés par la mondialisation».
M. Camdessus va ainsi demander aux membres du FMI, dont l’instance politique, le comité directeur, se réunit lundi, de donner au Fonds le mandat d’encourager la libéralisation des mouvements de capitaux.
Les statuts du FMI adoptés à sa création lui donnent notamment le mandat de surveiller les paiements des transactions courantes pour les échanges de biens et de services de ses membres en promouvant la convertibilité, mais n’attribuent aucune mission au Fonds quant aux mouvements des capitaux, notamment les investissements.
Les inégalités
Les institutions doivent aussi faire la preuve de leur capacité à prendre en compte les problèmes des pays les plus pauvres, a souligné M. Camdessus.
Le directeur du FMI a rejeté les critiques communément adressées au Fonds selon lesquelles les programmes d’ajustement qu’il encourage accroissent les inégalités sociales.
Se basant sur les résultats d’une étude récente, il a fait valoir que dans 27 pays pauvres qui appliquent des programmes en accord avec le FMI, les dépenses d’éducation ont augmenté de 38% en termes réels depuis le début et celles dans la santé de plus de 50%, tandis que les dépenses militaires ont reculé.
L’analphabétisme a baissé de 3% par an, la mortalité infantile de 2%.
Pour autant «nous nous préoccupons des inégalités», a poursuivi M. Camdessus qui a reconnu que la redistribution des richesses était encore «décevante».
«Les gouvernements doivent utiliser les dividendes de la globalisation en faveur d’objectifs sociaux et de l’éducation», a-t-il dit, attribuant les inégalités aux «mauvaises politiques» menées par certains.
Les réunions du comité intérimaire et du comité de développement, instances dirigeantes du FMI et de la Banque mondiale, se tiendront lundi et mardi et seront précédées dimanches d’un G7 des ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales des pays les plus industrialisés.
Lundi, le comité intérimaire, instance ministérielle du FMI, examinera notamment l’avancée du dossier sur l’augmentation du capital du Fonds (la révision des quotes-parts).
M. Camdessus espère également que le principe d’une allocation de DTS, unité de réserve du FMI, aux pays membres qui n’en ont pas encore eu, sera finalisé. Enfin, l’avancée du plan d’allègement de la dette multilatérale sera également présentée au comité intérimaire alors qu’il a été annoncé mercredi que l’Ouganda serait le premier pays à en bénéficier.

