La BBC a diffusé dans la soirée «Tony Blair — la vidéo», dix minutes de «documentaire-vérité» du Labour sur la personnalité de son chef, tentant de définir à la fois un leader politique de substance, mais humain et proche des Britanniques. Pour contrer les deux principaux angles d’attaque des tories.
Habilement, le film allie images d’un Blair homme de famille, prévenant ses enfants de «la masse de devoirs» qui les attend sous un gouvernement Labour, un Blair résolu sur sa politique, dont «une réforme de l’éducation aussi importante pour moi que la réforme des syndicats l’était pour Margaret Thatcher». Un Blair aussi passionné que des millions d’Anglais, «qui avait pour seule ambition d’adolescent de jouer pour Newcastle United FC».
Mercredi soir, le premier ministre John Major avait joué exactement de la même carte personnelle à Aberdeen (Ecosse), appelant les électeurs à «réfléchir, bien réfléchir, quels que soient les doutes que vous puissiez avoir sur le parti tory. Pensez-y, regardez-moi dans les yeux et sachez ceci: je serai toujours juste et sincère pour cette grande nation».
Auparavant, il avait stigmatisé le «soupçon d’arrogance» autour de M. Blair.
La personnalité des deux leaders devrait prendre de plus en plus de place dans les derniers jours de campagne, avec notamment une visite prévue de M. Major dans «son» Brixton, quartier populaire du sud de Londres où il a grandi.
Ce moment de la campagne en 1992, soulignant la simplicité et l’honnêteté d’un John Major encore peu connu à l’époque, avait constitué un atout de poids dans la campagne et la victoire conservatrice.
Cette fois, chaque nouveau jour rend une victoire travailliste plus probable puisque les sondages d’opinion, à une seule exception près, continuent de donner au Labour une avance confortable sur les tories: 21 points dans un sondage Mori-Times jeudi, 20 selon un sondage Gallup-Telegraph.
L’alerte de mercredi, avec un sondage ICM-Guardian montrant un mystérieux écroulement de l’avance travailliste à 5%, a suffi pourtant à remettre le Labour sur le qui-vive. Le parti, rassuré jeudi par les nouveaux chiffres, a vu dans le «couac» d’ICM un «rappel important» qu’il ne peut se permettre «de lever le pied» dans la dernière ligne droite.
Conscient de la menace et du «syndrome 1992» — le Labour rattrapé au dernier moment après avoir devancé les tories pendant des mois —, M. Blair a dramatisé jeudi sa conférence de presse, évoquant le spectre d’un 5e gouvernement conservateur d’affilée.
«Le choix est simple. Soit vous vous réveillez le 2 mai avec les mêmes vieux tories qui s’en sont tirés à bon compte avec tout, soit c’est un nouveau départ avec le Labour», a-t-il dit.
Dans le même temps, le chancelier de l’Echiquier Kenneth Clarke a appelé les électeurs à «ne pas perdre la balle des yeux» en cette campagne, autrement dit ne pas oublier «que le Royaume-Uni est le succès économique de cette fin de siècle» grâce aux tories.
M. Clarke a cherché à minimiser l’impact des dissensions tories sur la monnaie unique européenne. Pour lui, les campagnes anti-euro menées individuellement par 233 candidats conservateurs, en contravention de la ligne Major, seront l’«affaire de la discipline de groupe parlementaire au prochain Parlement».
M. Major, lui, formera son gouvernement sur la base de son propre manifeste, a affirmé M. Clarke, en ce que les commentateurs ont perçu comme une mise en garde voilée à M. Major s’il cède par trop aux eurosceptiques.

